Comment devenir un être d’exception ?

Girl enjoying under the night sky.

Le Alchikh Hakadosh rapporte une histoire édifiante:

Un homme, tsadik, avait l’habitude de recevoir la visite d’Eliahou Hanavi (le prophète Elie). Il avait le zekhout (mérite), de par sa hauteur spirituelle, d’être en contact avec le prophète.

Un jour, on remarqua que cet homme avait le visage brûlé. Le feu était, manifestement, passé par là. On le questionna, lui demandant ce qu’il s’était passé. Et il répondit qu’il avait demandé à Eliahou Hanavi, zakhour létov, de lui montrer comment les tsadikim étudiaient la Torah dans le Olam haéliyone (le monde d’en haut). Et Eliahou lui répondit: « Je vais accéder à ta demande. Tu pourras observer tous les tsadikim.

Mais attention! Garde-toi de regarder l’estrade où se trouve Rabbi ‘Hiya ». Notre homme, tsadik, demanda alors à Eliyahou Hanavi: « Comment pourrais-je reconnaître  l’estrade de Rabbi ‘Hiya parmi celle de tous les autres ‘Hakhamim ? ». Et Eliahou Hanavi lui dit alors: « Toutes les estrades des ‘Hakhamim sont portées par des malakhim (des anges célestes), mais celle de Rabbi ‘Hiya se porte d’elle-même, sans aucune aide extérieure. »

Le tsadik, amené par Eliahou Hanavi, atteint alors le Olam haéliyone, et contemple tous les ‘Hakhamim en train d’étudier la Torah.

C’était un spectacle inédit qui s’offrait à ses yeux. Et, ne pouvant résister à sa curiosité, il en vint finalement à observer l’estrade où se trouvait Rabbi ‘Hiya, quand soudain deux colonnes de feu jaillirent, et aveuglèrent le tsadik.

Ce dernier se leva le matin aveugle, le visage défiguré par le feu. Et il décida alors d’aller implorer Rabbi ‘Hiya sur son kéver, afin d’obtenir son pardon.

Le Alchikh Hakadosh rapporte qu’à propos de Moché Rabbénou, il est écrit dans notre paracha: « ומשה עלה אל האלוקים (et Moché monta vers Dieu) ». Moché est monté vers Dieu de son vivant. D’autres, comme le prophète Elie, sont eux aussi montés bachamayim de leur vivant, mais accompagnés de chevaux et de chars de feu, nécessitant une aide du Ciel. De même, Noé a eu, lui aussi, besoin de l’aide de Dieu. « את האלוקים היתהלך נח » nous dit le verset. Noé était porté par Dieu, contrairement à Avraham qui marchait devant Dieu.

Nous voyons donc qu’Avraham Avinou, Moché Rabbénou et Rabbi ‘Hiya n’ont pas bénéficié d’une aide de Dieu pour Le rejoindre.

La Guemara Baba Métsia raconte que Rabbi ‘Hiya cultivait du coton. Avec la récolte, il tissait des cordes et des filets qu’il utilisait pour la chasse. La viande des animaux qu’il avait attrapés était destinée aux orphelins. Et la peau servait, après tannage, à fabriquer des parchemins sur lesquels il écrivait les חמישה חומשי תורה (les cinq livres de la Torah).

Muni de ces parchemins, Rabbi ‘Hiya partait sillonner les villes environnantes, pour enseigner la Torah aux jeunes. Il transmit son enseignement à cinq enfants. Puis il réunit six autres jeunes, leur enseigna à chacun un traité de Michna parmi les שישה סידרי מישנה, les six traités de la Michna que nous connaissons.

Avant de quitter la ville, Rabbi ‘Hiya leur dit: « Que chacun transmette à l’autre ce qu’il a appris avec moi! Et ainsi, la Torah d’Israël ne sera jamais oubliée. »

En entendant ce qu’avait fait Rabbi ‘Hiya, Rabbénou Hakadosh s’est exclamé « !כמה גדולים מעשה חייא (Combien sont grands les actes de Rabbi ‘Hiya!) ».

Cependant, on est en droit de s’interroger: « La grandeur de Rabbi ‘Hiya proviendrait-elle de son métier de cultivateur de coton, de tissage de filets, de chasse d’animaux, de tannage de peaux, ou d’enseignement de la Torah à des jeunes habitant des contrées lointaines ?

C’est précisément cela que la Guemara vient ici nous apprendre: la grandeur d’un homme résidé dans sa capacité à s’investir pour l’autre. Elle ne dépend pas d’un QI élevé, de connaissances magistrales. Plus un homme est מרביץ תורה, plus il s’investira dans le זיכוי הרבים, et plus il s’élèvera avec ses propres forces, sans intervention des malakhim, et pourra atteindre ainsi le Olam haéliyone.

Ce qui est vrai pour Rabbi ‘Hiya l’est également pour Avraham Avinou. Contrairement à Noa’h qui s’est replié sur lui-même pendant 120 ans, en construisant son arche et en ignorant son entourage, et qui a sanctifié toute sa vie pour sa propre élévation spirituelle, Avraham est celui qui a lutté seul contre le monde entier pour faire connaître Dieu. Il a parcouru la terre d’un bout à un autre, il a pratiqué l’hospitalité à outrance, le ‘hessed envers autrui. Mais quand a-t-il pu s’élever spirituellement ? C’est cela que le Midrash nous dévoile: le zikouy harabim, le rapport à autrui, l’enseignement de la Torah à tous, ont fait d’Avraham Avinou un être d’exception, et lui ont forgé sa personnalité au point d’être porté par ses propres forces.

Il en va de même pour Moché Rabbénou: Moché s’est investi corps et âme pour le Am Israël, du matin au soir.

« וירד משה מן ההר אל העם (Moché est descendu de la montagne vers le peuple) ». Moché ne s’est pas préoccupé d’abord de son devenir spirituel. Il s’est tourné vers son peuple, « מן ההר אל העם ». C’est la raison pour laquelle « ומשה עלה אל האלוקים », Moché est monté vers Dieu.

Lorsque l’on sanctifie sa vie pour l’autre, en l’aidant à progresser dans sa רוחניות (dans son élévation spirituelle), on acquiert par là même une stature. On enracine en nous des מעלות (qualités), qui nous rapprochent considérablement du בורא עולם (Créateur du monde).

 

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