Comment faire venir le Machia’h ?

Respect and pray on the sunset in city background

Yossef et ses frères sont au chevet de leur père. Yaacov, avant de mourir, souhaite révéler à ses enfants le קץ הימין (la fin des temps), et la Chékhina s’éloigne alors de lui, comme il est dit: ביקש יעקב לגלות לבניו קץ הימין וניסתלקה ממנו שכינה

La fin des temps échappe à Yaacov. Mais qu’est-ce que le קץ הימין (la fin des temps) ?

Nos Sages affirment que Dieu a retiré Sa main, et l’a mise en retrait. Le mot ימין désigne la main active, celle qui agit.

Dieu, si l’on peut dire ainsi, a retiré Sa main. Il l’a mise en retrait, Il l’a « désactivée ».

Le קץ הימין consiste à mettre un terme à cette situation, où le Maître du monde n’intervient pas de façon visible dans le monde.

Le קץ, c’est la fin d’une situation qui perdure, où Dieu semble absent. Où Il mit Sa main droite, signe de l’intervention divine dans le monde en « stand-by ».

Lorsque Yaacov désire révéler le קץ הימין (la fin des temps), il manifeste son intention d’annoncer à ses fils que le moment est venu pour Dieu d’agir.

Le קץ, c’est la fin d’un processus, et le début d’un nouveau mode d’intervention de Dieu dans le monde. Et Yaacov voulait en révéler la date. Mais la Chékhina s’est tenue à son écart. Yaacov a alors pensé qu’il y avait peut-être parmi ses descendants un פסול, une anomalie, quelqu’un qui entraverait, qui contrarierait, cette révélation. Mais ses enfants lui ont tout de suite répliqué :

« שמע ישראל הי אלוקנו הי אחד ». Ils lui ont fait savoir qu’ils étaient en phase avec lui. Que le concept du אחד (de l’unité) faisait, tout comme chez lui, partie de leur être. Yaacov, rassuré, s’est alors exclamé « ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד (Béni soit le nom de Son règne glorieux à jamais !) ».

Ainsi, le אחד (l’unité) est la clé de cette révélation.

Le Maharal de Prague affirme que le mot אחד est composé:

-du א, qui symbolise Yaacov ;

-du ח, dont la valeur numérique est de huit, chiffre qui correspond au nombre d’enfants de Ra’hel et Léa (deux pour Ra’hel et six pour Léa);

-du ד, dont la valeur numérique est de quatre, chiffre correspondant au nombre d’enfants des servantes, Bilha et Zilpa, soit quatre au total.

Le אחד, c’est l’union, la symbiose, la fusion dans une harmonie parfaite. C’est l’union de deux entités qui se sont séparées, mais qui proviennent d’un tronc identique.

Le principe du אחד s’appelle le כלל ישראל. Dieu est אחד et Son Nom est אחד.

הי אחד ושמו אחד

Mais le dévoilement du אחד passe par le עם ישראל, comme il est écrit « ומי כעמך ישראל גוי אחד בארץ (Qui est comme Ton peuple Israël, un peuple unique sur la terre.

Israël incarne le אחד, l’unité. C’est à lui qu’incombe cette responsabilité de le faire régner.

Nous attendons et espérons que le monde entier יתחבר, s’unisse. Et nous le répétons chaque jour dans la prière de Alénou Léchabéa’h: « על כן נקוה ». Cette prière se termine par והיה הי למלך על כל הארץ ביום ההוא יהיה הי אחד ושמו אחד. Ces mots signifient que Dieu sera le roi sur toute la terre; ce jour-là, il sera un et Son Nom sera un. C’est à cela que nous aspirons à chaque instant de notre vie: parvenir à cette dimension du אחד.

Yaacov est convaincu que le moment de ce dévoilement est arrivé. Que le כלל ישראל, représenté par les tribus, a atteint cette dimension du אחד, où les lettres א, ח et ד sont parfaitement liées entre elles.

Au début du ספר בראשית, lors de la création du monde, il est écrit: ויהי ערב ויהי בוקר יום אחד (Il y eut un soir, il y eu un matin. Jour un.). Il n’est pas écrit יום ראשון (jour premier), comme pour les autres jours de la création où il est mentionné יום שני, יום שלישי,יום רביעי

(Deuxième, troisième et quatrième jour). ‘Hazal nous en donnent la raison: לפי שהיה הקבייה יחיד בעולמו (parce que Dieu était unique dans Son monde).

אחד (un) implique l’union, l’harmonie.

ראשון (le premier) implique qu’il y a un deuxième, un troisième etc…; Et donc une division.

Ce יום אחד (jour un) est le שורש, la source, la racine, le point de départ duquel va s’étendre tout l’univers.

C’est ce même אחד qui se révèlera à la fin des temps.

Durant ce יום אחד, tout était dans le סוד du אחד. Et c’est seulement à partir du deuxième jour que va apparaître la division, la séparation, la sortie du אחד, pour donner naissance à la מחלוקת, au גהינם, au mal. Et c’est d’ailleurs pour cela que le mot טוב (bon) n’apparaît pas le deuxième jour.

La Guemara Yoma rapporte que les fondations du monde reposent sur une pierre appelée אבן השתיה. Cette pierre est constituée de multiples petites pierres, qui se sont assemblées pour n’en former qu’une seule. Le Pirké déRabbi Eliézer souligne que cette pierre unifiée est celle sous laquelle Yaacov a posé sa tête.

Ainsi, le monde repose sur le principe du אחד, de l’unité.

Et, à la fin des temps, ce יום אחד réapparaîtra et illuminera le monde.

Les enfants de Yaacov sont réunis autour de leur père. Ils forment le אחד parfait, l’unité dans toute sa splendeur. Yaacov voit ici une occasion unique de dévoiler le קץ הימין. Pourtant, la Chékhina va le quitter. Comment est-ce possible ?

Sa descendance est pure, sans le moindre résidu; et ses enfants clament haut et fort שמע ישראל הי אלוקינו הי אחד! Le אחד (l’unité) est bien là. Yaacov va alors répondre ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד. Et sans doute, la réponse est contenue dans ces quelques mots. Essayons de comprendre…

Yaacov va bénir ses enfants. Et lorsqu’arrive le tour de Dan, il dit, à la fin de sa bénédiction לישועתך קיויתי הי (en Ta délivrance, j’espère, Hachem!).

Yaacov voit le futur. Toute l’histoire de l’humanité se déroule comme un film sous ses yeux. Il scrute chaque âme des Chevatim, chaque descendant des douze tribus. Et il voit dans la tribu de Dan le futur Machia’h, le rédempteur d’Israël. Il s’appelle Chimchon (Samson). Yaacov est convaincu que Chimchon est le Machia’h. Mais, en un instant, cette vision s’obscurcit, car Yaacov voit Chimchon mourir, comme tout un chacun. Chimchon meurt, il n’est pas le Machia’h! Et Yaacov va alors dire « לישועתך קיויתי הי ».

Yaacov comprend que le concept du Machia’h n’est pas du ressort de l’homme, et appartient seulement à Dieu. Mais il comprend davantage:

Nos Sages affirment que toute chose que nous désirons ne peut être obtenue que si nous y mettons tout notre cœur, toute notre conviction pour l’acquérir. On ne peut acquérir une chose que si on l’a espérée et désirée ardemment. Rabbi Aquiva a espéré, tout au long de sa vie, sanctifier le Nom divin de toute son âme (בכל נפשיך). Et sous la torture romaine, ses espérances se sont concrétisées. Jamais le Nom de Dieu n’a été autant sanctifié!

Rabbi Aquiva l’avait tant espéré!

L’espérance, c’est la garantie de l’obtention, du succès.

Lorsque l’homme arrive au בית דין של מעלה (tribunal céleste), il lui est demandé: « ציפית לישועה (as-tu attendu et désiré la délivrance) ». Et nous explique le Maharal qu’ici est enseigné un principe fondamental: la rétribution est proportionnelle à l’espérance. Plus j’ai espéré, désiré, et plus je recevrais, comme il est dit: »יהי חסדך הי עלינו כאשר יחלנו לך (Que la bonté de Dieu soit sur nous dans la mesure où nous l’avons désirée) ». Ce que j’attends ardemment, c’est ce que je finis par obtenir.

Yaacov comprend ce message. Il réalise, en voyant Chimchon mort, que la guéoula ne dépend pas de la hauteur spirituelle d’un homme qui a les qualités requises pour être le Machia’h. La venue du Machia’h n’est pas l’apanage de l’homme. Elle ne peut survenir que si elle a été attendue, désirée, espérée.

La fin des temps, c’est l’aboutissement et la consécration de l’espérance du כלל ישראל, qui l’a tant souhaitée.

La Chékhina abandonne Yaacov, il ne perçoit pas le קץ הימין, car la rédemption ne dépend pas d’un homme, aussi grand soit-il, mais uniquement du désir et de l’aspiration à sa venue.

Dans les générations précédentes, bien plus élevées spirituellement que la nôtre, l’aspiration et le désir de la venue du Machia’h n’avait rien d’exceptionnel. Chaque Juif vivait à chaque instant avec cette espérance.

Le Rambam, dans הילכות מלכים, écrit que le Machia’h, à la fin des temps, restaurera la royauté de David, reconstruira le Temple, rassemblera les exilés etc… Mais il rajoute que celui qui ne croit pas au Machia’h ou qui n’attend pas sa venue est un כופר, un hérétique. Celui qui n’attend pas le Machia’h est un כופר, même s’il croit en lui.

Les tensions internationales d’aujourd’hui, les différents conflits qui agitent le monde, les périodes de turbulences que nous, peuple juif, traversons, nous font prendre conscience de la venue imminente de Machia’h. Nous savons tous qu’il doit arriver! Mais est-ce que, pour autant, nous l’attendons ? Espérons-nous vraiment sa venue ? Sommes-nous des hérétiques, bien installés dans le confort matériel d’une vie dont la réalité est mensongère ?

Lorsque les enfants de Yaacov vont dire שמע ישראל הי אלוקנו הי אחד, ils affirment leur croyance en la fin des temps, en ce jour où Hachem sera אחד et Son Nom sera אחד. Mais lorsque Yaacov va dire ברוך שם כבוד מלכותו לעולם ועד, il nous dévoile que la guéoula passe par le processus de l’attente et du désir. Et c’est cela que nous rappelons chaque jour par la récitation du Chéma, en affirmant:

-notre אמונה (croyance) en Machia’h, en disant Chéma Israël ;

-et notre profond désir de sa venue, en disant Baroukh Chem kévod malkhouto léolam vaéd.

Croire au Machia’h et attendre sa venue, c’est cela le défi de notre génération.

Articles connexes

Toujours montrer un visage souriant
Devinette sur la paracha Vayehi
La faille de nos ancêtres
L’homme qui voulait voir le prophète Eliahou

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *