Construire son bonheur

Le Arizal fait remarquer que:

– la valeur numérique du nom de משה (Moché) est 345;

– celle du nom de קרח (Korah) est 308;

– et la différence entre ces deux valeurs numériques est de 37, ce qui correspond à la valeur numérique de הבל (Hével).

Pour comprendre ces propos, revenons à la création du monde.

Adam a été l’œuvre des mains de D.ieu (יציר כפיו של הקבייה), Hava a été créé par Hachem à partir d’une partie de Adam. Et leurs enfants, Caïn et Abel (Hévél), vont être les premiers à naître comme tous les être humains du monde. Lorsque Hava à enfanté Caïn, elle a dit « קניתי איש את הי », exprimant ainsi son sentiment d’avoir une part dans cette création. Et le prénom qu’elle a donné à ce fils, Caïn, est en rapport avec le verbe « קניתי (j’ai acquis) ». Lorsque Hava a eu un deuxième enfant, elle l’a appelé Hével.

En Hébreu, le mot הבל (Hével) signifie vanité ou fumée. Et ceci exprime le fait que la naissance de Hével, le deuxième enfant, était « moins extraordinaire » que celle de son frère Caïn, le premier.

Comme l’indiquent les mots « והבל הביא גם הוא », employés par la Torah lorsqu’elle nous parle des sacrifices qu’ont offert Caïn et Hével, Hével n’a pas offert de korbane de sa propre initiative. Il n’a fait que suivre l’exemple de son frère Caïn, qui a eu l’idée d’offrir un korbane à D.ieu.

Par contre, Hével a offert à D.ieu ce qu’il avait de meilleur, et son offrande a été acceptée, contrairement  à celle de Caïn, qui a été refusée. Ceci va déclencher chez Caïn une énorme jalousie, qui va l’amener à tuer son propre frère.

Caïn a été le premier assassin de l’histoire, et Hével la première victime de l’histoire. Il fallait bien que cela commence un jour. Mais là, malheureusement, on parlait de deux frères…

Adam a été créé avec un potentiel énorme.

Il contenait en lui toute les âmes de l’humanité. Et les Sages nous disent que ce n’est pas par hasard que ses enfants ont été Caïn et Hével. Car il y a toujours en l’homme cette double dimension, qui ne doit jamais aller ni à un extrême, ni à l’autre.

Et les Sages expriment ainsi cette idée:

– Caïn a été un enfant aimé et gâté par ses parents, qui a grandi en sachant qu’il était important pour eux (d’ailleurs, il faut dire à nos enfants combien ils comptent pour nous).

Mais ce sentiment a été chez lui exacerbé. Il est allé trop loin. A tel point que lorsque, sur son chemin, il rencontrera un obstacle, il ne le contournera même pas. Il le détruira.

Caïn considérait Hével comme un obstacle sur son chemin. Il ne supportait pas l’idée que le korbane de Hével ait été agréé, alors que le sien a été refusé.

Le comportement de Caïn venait, au fond, d’un sentiment légitime: le besoin de kavod, d’honneur. Et nous avons tous besoin de cela, de se sentir important.

Mais attention ! Il y a des limites à ne pas dépasser. Et le besoin de kavod d’une personne ne doit pas entraver l’existence des autres.

– Hével, c’est celui qui va grandir avec une très grande qualité: l’humilité.

Il sait qu’il n’est pas essentiel dans l’histoire, qu’il est le deuxième.

Lorsqu’il voit son grand frère offrir un korbane, il l’imite. Il en offre un lui aussi, mais pas de sa propre initiative. Or lorsqu’on est trop « copieur », ce n’est pas bon. Car on risque alors de n’être jamais nous-mêmes, et toujours l’ombre de l’autre.

Hével est comme cette fumée, qui monte puis disparaît. Il est comme cette vapeur, qui colle à la vitre puis s’estompe avec le temps…

Caïn et Hével véhiculaient chacun une dimension positive, mais qu’ils ont tous deux, poussé à l’extrême :

– Caïn a existé même sur le compte de l’autre. Il a trop existé.

– Hével a trop peu existé. Il a disparu.

Dans l’histoire du monde, nous allons retrouver un homme d’une humilité extraordinaire (Moché Rabbénou), et un homme qui a trop voulu d’honneurs, Korah.

Korah était un grand homme, et il disait des choses vraies.

Il méritait, lui aussi, d’avoir des responsabilités. Mais il est resté Caïn: il n’a pas compris que, pour trouver l’équilibre, il fallait nécessairement ajouter à son nom le chiffre de Hével. Il fallait que Caïn et Hével fassent un équilibre. Et, au fond, c’était cela Moché Rabbénou : un homme d’une très grande humilité, mais qui a aussi été capable de prendre des initiatives, d’être courageux au point de « dissuader » D.ieu Lui-même de détruire Son peuple. Moché Rabbénou, c’est l’équilibre entre Caïn (trop d’existence) et Hével (trop d’effacement). C’est  l’aboutissement de l’être humain. C’est à la fois:

– le berger d’Israël, un homme capable d’être attentif aux besoins de chacun;

– et איש האלוקים, un être divin, un homme capable de rester au ciel quarante jours et quarante nuits à étudier la Torah sans manger ni boire.

C’est lui qui va devoir véhiculer dans l’Histoire la puissance de l’équilibre entre ces 2 dimensions, Caïn et Hével.

A Korah, il ne manquait que la dimension de Hével pour devenir Moché Rabbénou.

Dans la vie, les conflits viennent:

– soit de la dimension de Caïn, c’est-à-dire d’une volonté de trop exister, sans laisser de place à l’autre;

– soit de celle de Hével, une humilité extrême, où la personne n’existe pas assez, jusqu’à même s’autodétruire.

La sagesse, c’est l’équilibre. C’est pourquoi, quelle que soit la nature de nos relations avec les autres, si nous nous sentons écrasés par certaines personnes, il faut, au lieu de trop souffrir intérieurement, aller leur parler, et essayer de leur faire comprendre que, nous aussi, nous avons besoin d’exister et d’être valorisé.

Souvent, nous ne voulons pas dire cela, car nous ne voulons pas faire de peine à celui qui, parfois sans même s’en rendre compte, occupe toute la place. Mais il faut savoir que si nous parlons à l’autre en ayant sincèrement la bonne intention d’amener le chalom, il nous comprendra et modifiera son comportement en conséquence.

Pour parvenir au chalom, il faut une vie entière de construction et d’investissement. Car le chalom n’est pas seulement l’absence de conflits. C’est l’ensemble de tout ce qu’on aura fait dans la vie pour éviter la discorde et, surtout, pour construire notre bonheur.

La paracha de Korah nous montre que la dispute détruit la vie.

Elle nous enseigne, par conséquent, que pour bâtir la vie dans nos maisons, nous devons tout faire pour fuir la discorde; et pour construire notre bonheur, qui peut et doit être le lot de chacun d’entre nous à chaque instant de la vie.

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