La galout, pourquoi ? La guéoula, comment ?

galout-gueoula

La paracha de Chémot est l’introduction à la galout, à l’exil du Am Israël. Mais qu’est-ce que l’exil ? Et comment arrive-t-il ?

Nos Sages, de mémoire bénie, affirment que l’exil est la conséquence directe du désir qu’a le peuple juif de vouloir s’identifier aux nations, de les imiter en reproduisant les mêmes schémas de vie.

Dès le début de la paracha, il est écrit: « כל הנפש לבית יעקב הבאה מצרימה שבעים (toutes les âmes composant la maison de Yaacov qui sont arrivées en Égypte étaient au nombre de soixante-dix) ». Cela signifie que la descente en Égypte et l’asservissement ne pouvaient être effectifs qu’à partir de ce nombre de soixante-dix.
Ainsi, les Bené Israël, soixante-dix individualités représentant un collectif, font face aux soixante-dix nations dispersées, formant une humanité éclatée. Soixante-dix face à soixante-dix. זה לעומת זה. L’unité d’Israël face aux soixante-dix nations dispersées.

Soixante-dix correspond à la lettre hébraïque ע (ayin). Mais ayin (עין) en Hébreu signifie également l’œil. L’œil voit. Il permet de visualiser l’extériorité de toute chose, la strate superficielle. Il dévoile le côté visible, mais toujours périphérique, sans pénétrer en profondeur, dans l’intimité des choses.

Le ע, qui a pour valeur soixante-dix, représente les nations. Mais Israël vient exprimer avant tout le אחד, l’unité, le א (alef).

Le alef est la lettre hébraïque la plus discrète. Elle ne se prononce pas. Elle est dissimulée, car elle révèle l’intériorité invisible, insondable.

Alef, en Hébreu, s’écrit avec les lettres א,ל,פ. Mais si on inverse les lettres, le אלף se transforme alors en פלא, qui signifie: prodige, merveille.

Israël est affilié à cette dimension du אלף, du נסתר, de l’invisible. Car la Torah est sa source. La Torah est sa sagesse suprême, qui permet au Juif d’appréhender la vie dans toute son intériorité, dans son essence originelle.

Les nations, quant à elles, s’intéressent à tout ce qui est palpable, concret, superficiel. Leur vision et leur compréhension du monde est réduite, car n’a de réalité que ce qui est visible à l’œil nu.

Les nations sont représentées par la lettre ע, soixante-dix; par l’œil, qui perçoit une réalité mensongère, incapable d’accéder à la dimension du סוד, du mystère révélé. Mais pourtant, Israël a un rapport avec le nombre 70, puisque ce sont שבעים נפש (soixante-dix âmes) qui sont arrivées en Égypte.

Le Maharal de Prague explique qu’Israël est uni, par une נקודה פנימית (un point de jonction intime qui va relier chaque juif à un autre) car servant le même Dieu (la dimension du א, de l’unité). Israël, c’est le multiple utilisé à des fins d’union. Les nations ont, au contraire, chacune une דעה, une pensée, une opinion exclusive, particulière, opposée à toute singularité. Elles expriment le ריבוי, le multiple, déconnecté de la lettre א.

Le א, c’est l’intériorité. C’est une perception du monde authentique, mais dissimulée car en profondeur.

Le ע, c’est le גילוי, le dévoilé, l’apparent, le réel propre aux nations.

Mais Israël va donner au ע une dimension פנימית (intérieure), qui va le relier au א.

Ces deux aspects du ע sont à l’origine du point de rupture entre Israël et les nations.

Israël et son סנהדרין (grand tribunal) sont symbolisés par la facette interne, secrète, de la lettre ע. Mais les nations sont, elles, symbolisées par la facette externe, découverte, dévoilée du ע.

Le ע contient en lui le secret de la גאולה et de la גלות (de l’exil). La גאולה (rédemption) survient lorsqu’Israël se renforce dans cette dimension פנימית du ע. Et inversement, plus Israël se rattachera à l’aspect superficiel, à l’extériorité des choses, plus l’exil se rapprochera de lui.

En d’autres termes, vivre la גאולה, c’est vivre en conformité avec son essence, son intériorité, le véritable projet de son existence. Mais lorsqu’on se détourne de l’objectif initial, commence l’asservissement aux nations, la גלות du נפש et du דעת (de l’esprit), mais aussi la גלות territoriale, physique, où Israël n’a plus aucun mérite pour rester sur sa terre, et est contraint à l’errance et l’instabilité.

Le Maharal nous révèle que l’esclavage égyptien est une conséquence de la présence de délateurs au sein du peuple juif. Ces délateurs, qui sont incapables de conserver le סוד (le secret).

Tout cela reflète en fait que lorsqu’Israël était en Égypte, il a perdu sa dimension פנימית, d’intériorité. Il s’est alors comporté comme les nations, et a révélé, par les délateurs, sa nouvelle appartenance à cette dimension de l’extériorité, sans rapport avec son essence première.

Il est écrit: וירא משה ויאמר אכן נודע הדבר (Moché a vu et a dit: « Ainsi la chose est connue »). Lorsque Moché a tué l’Egyptien et qu’il a été dénoncé par des Juifs, il a alors compris la raison de leur esclavage. Le mot אכן, qui veut dire ainsi, se décompose en א et כן.

א, qui a pour valeur numérique 1; et כן, qui a pour valeur numérique soixante-dix.

אכן, c’est Israël qui se rattache aux nations, pour perdre son essence. C’est le א qui se lie au כן, aux soixante-dix nations.

C’est pourquoi Moché va dire נודע הדבר, la raison de leur esclavage est connue.

Lorsqu’Israël perd sa hauteur spirituelle, lorsqu’il se tourne vers la superficialité, les nations peuvent alors le dominer, l’asservir, l’humilier, le spolier de tous ses droits.

Lorsqu’on ne se trouve pas dans son מקום רוחני, à sa place au plan spirituel, alors מידה כנגד מידה (mesure pour mesure), Dieu retire au peuple juif son מקום גשמי, son lieu terrestre d’habitation, et le condamne à l’errance dans ce monde ci.

C’est cela l’origine-même de la גלות, de l’exil.

Notre époque de עיקבתא דמשיחא s’appelle ainsi car le עקב (le talon) est le membre le plus extérieur du corps. Ainsi est la génération qui verra naître le Machia’h: une génération dont les valeurs sont superficielles. C’est le règne de l’apparence et du futile, l’empire du vide.

Être en retrait des nations, s’éloigner des apparences et des illusions proposées par la civilisation occidentale permettra de retrouver sa stature spirituelle et son essence, et d’amener ainsi la גאולה, que nous espérons tous le plus tôt possible.

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