L’amour gratuit : condition de la guéoula

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Dans la paracha de Kédochim, il est dit: « lo tisna eth a’hikha bilvavékha (tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur) ».

La période entre Pessah et Lag Baomer est une période de l’année durant laquelle les mariages sont interdits, de même écouter de la musique; c’est une période de deuil dû à la mort des 24000 élèves de Rabbi Akiva, qui ne manifestaient pas de kavod l’un envers l’autre.

Le problème était donc une faille au respect mutuel, un manque de considération d’autrui.

Et la Torah, dans parachat Kédochim, nous dit: « lo tisna eth a’hikha bilvavékha (tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur) ».

A ce propos, voici une vraie histoire, qui s’est déroulée il y a près de 300 ans, à l’époque de l’empereur Léopold.

Cet empereur dirigeait l’empire austro-hongrois, et il avait un conseiller juif du nom de Chimon Hottenheim, à qui il posa un jour une question qui le préoccupait particulièrement: « Chez vous, les Juifs, il y a une solidarité remarquable !  Dès qu’un Juif est en détresse, tous les Juifs se mobilisent pour l’aider. Dès qu’un Juif se fait arrêter, tous les Juifs (même ceux qui habitent dans d’autres pays) prient et jeûnent pour lui. Avec une telle solidarité, comment se fait-il que vous soyez encore en exil ? ».

Le conseiller lui répondit: « C’est à cause de la haine gratuite. ».

Mais l’empereur n’accepta pas du tout cette réponse, et il se mit à crier: « Tu te moques de moi ?? Je viens de parler de votre solidarité exceptionnelle, et toi tu me parles de haine gratuite ?? Si dans trois jours tu ne m’as pas donné une réponse, toi et ton peuple en subiront les conséquences ! ».

Le conseiller était très troublé: il avait pourtant donné la bonne réponse ! Que dire d’autre ?

Il se mit à jeûner, et décida de faire chéélat ‘halom (c’est-à-dire de demander à Dieu, après un jeûne, de lui révéler la réponse adéquate en rêve).

Dieu lui révéla alors que la bonne réponse était effectivement celle qu’il avait donné à l’empereur (si le peuple juif était encore exilé, c’était effectivement à cause de la haine gratuite), et qu’il n’avait pas à s’inquiéter: dans trois jours, l’empereur allait l’accepter cette réponse. Le conseiller fut alors rassuré.

Le lendemain, l’empereur partit à la chasse avec sa cour. À un moment, il repéra un très beau cerf, qui fut le seul à avoir vu. Il décida de le poursuivre pour l’attraper. Il courut, courut, galopant sur son cheval. Mais à un moment, il le perdit de vue, et il se perdit lui-même en pleine forêt. La nuit allait bientôt tomber, l’endroit dans lequel il se trouvait devenait dangereux… Mais où aller ?

L’empereur remarqua alors, de l’autre côté d’un fleuve, quelques maisons avec de la lumière… Un village ! Il décida de se diriger vers celui-ci, et d’y passer la nuit.

Il ota ses habits d’empereur, et traversa le fleuve à la nage. Lorsqu’il parvint de l’autre côté du fleuve, il était trempé. Grelotant de froid, il toqua à la première porte qu’il rencontra, suppliant de lui accorder l’hospitalité afin qu’il puisse se réchauffer.

Mais celui qui lui ouvrit la porte la lui referma violemment !

De même pour la seconde maison où il toqua: celui qui lui ouvrit la porte la lui referma immédiatement. Aucun de ces deux hommes n’avaient, bien évidemment, reconnu l’empereur… Celui-ci se dit alors: « Il faut que je trouve une maison avec une mézouza ! Les Juifs sont très hospitaliers, ils ne refuseront pas de m’accueillir ! ». Et effectivement, à la première maison où il demanda l’hospitalité, elle lui fut chaleureusement accordée.

Le lendemain, l’empereur demanda à son hôte s’il connaissait quelqu’un qui pouvait l’accompagner à Viennes, où il devait retourner. Celui-ci lui répondit: « Je suis moi-même cocher. Si vous voulez, je vous y accompagne avec joie ! ».

A cette époque, les Juifs vivaient dans des ghettos, ils n’avaient pas le droit de passer par les quartiers chrétiens, et s’ils s’y aventuraient, ils se mettaient en danger. Le cocher expliqua donc à son hôte qu’il ne pouvait pas se rendre dans le quartier chrétien près duquel ils étaient, à cause du danger.

Mais l’empereur lui répondit: « Fais-moi confiance et avance! Tu n’as rien à craindre ! ». Et de même, lorsqu’ils se trouvèrent près du palais de l’empereur, le cocher fut réticent à avancer. Mais l’empereur lui répéta de nouveau: « Tu peux avancer, ne t’inquiète pas! ».

Puis on vint dire au cocher: « L’empereur t’appelle ! ». Le cocher, ne sachant pas que l’empereur était son hôte, eut très peur: que lui voulait l’empereur ? Avait-il bien fait d’accueillir chez lui une personne qu’il ne connaissait pas ? N’aurait-il pas mieux fait d’écouter sa femme, qui lui a conseillé de ne pas rendre ce service à un inconnu ?

Il se présenta devant l’empereur, les yeux baissés. Il n’osait pas le regarder en face, tant il avait peur ! Mais l’empereur lui ordonna de lever les yeux, et le cocher reconnu alors son hôte. Celui-ci tenait justement à le récompenser pour tout ce qu’il avait fait pour lui, et c’est précisément dans cette intention qu’il l’avait convoqué.

L’empereur lui dit alors: « Demande-moi ce que tu veux, et je te l’accorderai! ».

Dans un premier temps, le cocher refusa toute récompense, expliquant que, grâce à Dieu, il avait tout ce qu’il lui fallait, qu’il ne manquait de rien. Mais devant l’insistance du roi, qui tenait vraiment à le récompenser, il dit alors: « Jusqu’à présent, j’étais le seul cocher de mon village. Mais depuis quelques temps, un autre Juif est aussi devenu cocher, et je crains donc qu’il ne me prenne des clients. Je vous demande par conséquent de lui interdire de transporter mes clients! ».

En entendant cela, l’empereur tomba de son siège ! Cette réponse était, en effet, tellement stupide: l’empereur proposait au cocher d’accéder à tous ses désirs, il aurait donc pu demander des provinces entières !

Mais tout ce qu’il trouvait à demander, c’était la chute d’un autre Juif, qui avait pourtant lui aussi besoin de nourrir sa famille et qui ne lui avait rien fait !

Au lieu de demander quelque-chose pour lui-même, il demandait quelque-chose contre son ami !

L’empereur appela alors son conseiller, et lui dit: « Tu avais raison, il y a encore de la haine gratuite entre vous! ».

Le Hida explique: la délivrance finale ne viendra pas par le mérite de l’accomplissement des mitsvot, mais par le mérite de la ahavat ‘hinam (amour gratuit).

Tant qu’il y a encore de la haine gratuite, tant qu’on pense à délégitimer l’autre au lieu de s’occuper de nous élever nous-mêmes, la délivrance ne pourra pas venir, même si on accomplit par ailleurs de nombreuses mitsvot (comme le juif de cette histoire, qui a pourtant fait preuve d’un dévouement exceptionnel dans l’accomplissement de la mitsva de hakhnassat or’him (accueillir des invités).

La guéoula ne viendra que lorsqu’il y aura de la ahavat ‘hinam, c’est-à-dire lorsqu’on aimera chaque Juif pour ce qu’il est: un enfant de Dieu.

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