Le déluge : la réforme du Monde

Au début de la paracha de Noah, il est écrit: « Vayare Elokim eth haarets véhiné nich’hata (Dieu vit la terre et voici qu’elle était corrompue) ». Cependant, au verset précédent, il est déjà mentionné « Vaticha’heth haarets lifné haElokim (La terre s’est corrompue devant Dieu) ».
Quelle est la raison de cette répétition ?

Pour la comprendre, le Sforno rapporte des paroles du Méssilat Yécharim: « Lorsque l’homme est attiré par les vanités du monde et s’éloigne de son Créateur, alors il se détériore et endommage toute la création avec lui.
S’il se domine, s’attache à son Créateur, et utilise les ressources dont il dispose pour servir Dieu, alors il s’élève et va élever avec lui toute la création. »

Le déluge n’était pas seulement destiné à punir l’homme, qui a perverti sa façon d’être sur la terre. C’est bien plus que cela: en détériorant sa propre essence, l’homme a détérioré le monde entier; il lui a fait perdre toute raison d’exister. Le déluge a détruit le monde car l’homme s’est perverti est a renoncé à sa grandeur en trahissant son origine divine.
Toute la création s’est alors corrompue, consécutivement aux actes pervers de l’homme.

Mais, curieusement, après le déluge, Dieu exclut toute possibilité de détruire le monde à nouveau. Et là, Il va opérer un changement radical; une réforme du monde qui n’existait pas auparavant. Désormais, l’influence de l’homme sur le monde sera réduite. Le poids de ses fautes n’aura plus le même retentissement qu’avant le déluge. Ainsi, lorsque l’homme va fauter, les répercussions de ses fautes sur l’ensemble de la Création seront limitées, et n’impliqueront pas sa destruction.

Même les anges célestes se sont adressés à Dieu en Lui demandant de retirer à l’homme sa couronne, d’amoindrir son statut, son rang, afin de ne pas mettre en péril toute la Création par tous ses faux pas.
Ils ont dit à Dieu : « Qu’est-ce que l’homme pour que Tu t’en souviennes ? ». Mais Dieu va en décider autrement, et va maintenir l’homme à sa place en le déresponsabilisant en partie. Dorénavant, le mal généré par l’homme m’amènera pas la Création au chaos, Car Dieu considère que l’homme n’est que partiellement maître de ses actes.

Avant le déluge, les conditions d’existence étaient différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Il n’y avait ni d’hiver glacial, ni d’été brûlant. On ne connaissait que le printemps, avec son climat paisible et doux. Tout ce que la terre produisait était parfait, adapté aux besoins de l’homme.
Rien n’entravait l’homme dans ses aspirations à servir Dieu, puisque l’homme vivait dans le meilleur des mondes. On peut comprendre, dans ces conditions, que tout écart, toute tentative visant à se détourner de ses aspirations, soit considéré comme une rébellion envers Dieu, sans aucune justification.

Après le déluge, Dieu va fixer de nouvelles modalités d’existence, avec l’instauration de l’été, de l’hiver, de la chaleur, du froid, des périodes de pluie et de sécheresse.
Si, jusqu’à présent, la nature était au service de l’homme pour lui permettre de servir Dieu sans le moindre souci, après le déluge, la nature va devenir une entité indépendante, agissant à son compte, sans se préoccuper des intérêts de l’homme.
Dès lors, l’homme doit relever le défi de l’existence et se confronter à une nature parfois hostile, qui ne va pas toujours lui fournir ce dont il a besoin.

Mais plus encore ! Ce n’est pas seulement la dimension matérielle qui a été affectée par ce changement post-diluvien. Le côté spirituel qui prévalait a, lui aussi, été endommagé.

Avant le déluge, l’intellect de l’homme était plus développé.
De même, depuis le plus jeune âge, face au penchant du mal, se dressait le yétser hatov (les forces du bien) pour le neutraliser. Mais après le déluge, l’intellect de l’homme va subir des altérations, et être limité dans son développement.
De même, le yétser hara va s’enraciner en l’homme dès sa naissance, sans aucune opposition, car le yétser hatov ne fera son apparition qu’à l’âge de l’adolescence, lui laissant ainsi le champ libre pour agir, et transformer l’homme à sa guise.

Ainsi, même sur le plan spirituel, l’homme d’avant le déluge est tout à fait différent. On comprend dès lors qu’un homme qui faute aujourd’hui ressemble davantage à un ivrogne irresponsable de ses actes. Et même s’il doit être sanctionné (car la lutte contre le yétser hara est un devoir impératif qui incombe à chacune d’entre nous), il ne pourra pas entraîner par sa faute toute la création à sa perte.
C’est pourquoi Dieu a promis qu’il n’y aurait plus jamais de déluge dans le monde.

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