Le serpent kabbaliste

Le séfer Béréchit rapporte une discussion intrigante entre ‘Hava et le serpent. En effet, le serpent dit à la femme : « Mourir, vous ne mourrez pas ! Car D.ieu sait que du jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Elokim, connaissant le bien et le mal ».

Ces paroles du serpent sont obscures et énigmatiques. Comment peut-il avoir l’audace et se risquer à affirmer que la consommation du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin d’Eden ne causerait pas la mort alors que D.ieu lui-même a explicitement dit : mourir, vous mourrez !
Mais plus encore, comment comprendre qu’Adam et ‘Hava, dont on dit que leur dimension spirituelle englobait l’univers entier, aient pu être séduits et manipulés par les propos du serpent qui contrevenaient à la parole divine !

Pour comprendre cela, le séfer Adéret Eliahou, nous révèle un principe fondamental : l’intention du serpent n’était pas de démentir la parole divine ou de s’y opposer mais plutôt d’y apporter un éclairage, une interprétation exacte qui aurait échappé à Adam et ‘Hava, et de rétablir le sens véritable de cette interdiction émanant de D.ieu.
Ainsi, Adam et ‘Hava n’auraient pas compris l’ordre divin.

Lorsque D.ieu dit : mourir, vous mourrez ! Cela ne doit pas être pris au premier degré car la mort dont il s’agit n’est pas une mort physique, la disparition du corps, mais fait référence à une mort spirituelle.
Selon le serpent, la parole divine ne peut être interprétée d’après le « pshat », le sens littéral, mais d’après le « nistar », le sens caché, mystique.
Ainsi, Adam se serait trompé dans son approche, dans sa compréhension. Il aurait manqué de discernement et n’aurait pas pénétré et perçu la raison profonde de l’ordonnance divine.
Le serpent, quant à lui, en se parant de l’habit du « mékoubal », du kabbaliste, a réussi à faire tomber ‘Hava dans un guet-apens.

Mais ce n’est pas tout. Lorsque le serpent dit à ‘Hava : Car D.ieu sait que du jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront ….c’est à la connaissance immédiate du bien et du mal qu’il s’agit. Ce rapport avec le mal est inévitable, exige beaucoup d’efforts et ne dépend que du temps.
Si vous mangez du « Ets Hadaat », de l’arbre de la connaissance, dit le serpent, vous vous épargnerez beaucoup de peine et de labeur, vous économiserez un temps considérable pour accéder à cette connaissance !
‘Hava n’a pas saisi le danger de ces propos pernicieux et hérétiques, le serpent s’étant présenté comme un avocat de la défense, soucieux de ses intérêts.

C’est ainsi que le serpent, c’est-à-dire les forces du mal, le yetser hara, opère dans la vie de chacun d’entre nous. Il montre à l’homme les problèmes auxquels il est confronté, les difficultés au quotidien et lui propose ses propres solutions pour les résoudre par des procédés imaginaires, fictifs et sans lendemain.
Le yetser Hara dit à l’homme : D.ieu ne se soucie pas de toi, je vais te venir en aide ! Ecoute mes conseils et tout ira pour le mieux !
Ici se pose le problème de la émouna car l’homme doit être persuadé que D.ieu ne veut que son bien et qu’il n’existe aucune autre alternative.

Sans cette émouna, le yetser hara peut agir librement et séduire par ses mensonges.

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