Les secrets du “Na’assé VéNishma”

10 commandements

Une des raisons pour lesquelles la Torah a été donnée aux enfants d’Israël, c’est parce qu’au Sinaï, comme un seul homme ils se sont engagés :

« Tous ce que D. à dit nous le ferons Naassé puis nous le comprendrons, VéNishma’ »

כֹּל אֲשֶׁר דִּבֶּר י-ה-ו-ה נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע

Qui plus est (Shabat 88a) :

« Au moment où Israël à fait précédé le Naassé au Nishma’, 600 000 anges sont venus et, à chacun des enfants d’Israël, ils fixèrent sur la tête deux couronnes une pour le Na’assé, l’autre pour le Nishma’

בשעה שהקדימו ישראל נעשה לנשמע, באו ששים ריבוא של מלאכי השרת, לכל אחד ואחד מישראל, קשרו לו שני כתרים אחד כנגד נעשה ואחד כנגד נשמע

Qu’y a-t-il de si extraordinaire dans le fait de Faire avant de Comprendre, autrement dit de précéder l’action à la compréhension ? Il y a vraiment de quoi s’étonner.

En effet, imaginons qu’un patron veut appliquer une stratégie et qu’il distribue à ses employés des tâches pour y parvenir. En aucun cas on ne verra les employés exiger de comprendre le but de leur tâche (Nishma’) avant de l’avoir exécutée (Na’assé) ni même après !

Même un Premier Ministre suivra aveuglément les directives de son Président même s’il n’en comprend pas le sens.

  1. n’est quand même pas moins qu’un général d’armée, ni même qu’un roi, ח »ו. Quand Il ordonne, on doit exécuter !

Cette génération a été témoin des miracles et des prodiges que D. a produits pour elle, afin de la libérer de l’esclavage. Comment expliquer qu’elle mette des réserves sur le bien fondé des mitzvot que leur présente le Créateur, au point de vouloir les comprendre ?

À la limite, les générations qui ont suivi celle de la Révélation du Sinaï peuvent se permettre de vouloir connaitre la ‘’stratégie’’ de D., avant d’accomplir les mitzvot étant donné leur caractère incompréhensible.

Vu sous cet angle, à vrai dire, le Naassé VéNishma ressemble à du culot ! Pourquoi en effet, les Enfants d’Israël ont-ils exigé de comprendre ? Ils auraient dû se contenter de dire Na’assénous ferons ce que Tu nous ordonnes, aveuglément !

À vrai dire, c’est ce qu’ils ont dit auparavant par deux fois. (Shemot 19, 8 et 24, 3). Et ils pourtant ils n’ont pas pour autant reçu de couronne !

Décidément quelque chose nous échappe, il doit y avoir un secret derrière tout cela, la Guémarra le confirme :

« Au moment où Israël a fait précéder le Na’assé au Nishma’, une voix est sortie du Ciel et leur a dit : ‘Qui a bien pu révéler à mes fils ce secret, de devancer le Naassé au Nishma’, que pratiquent les anges qui servent D. ? »

בשעה שהקדימו ישראל נעשה לנשמע יצתה » בת קול ואמרה להן: מי גילה לבני רז זה של הקדמת נעשה

לנשמע, שמלאכי השרת משתמשין בו ?

Analyse d’un acte

Commençons par analyser le Na’assé, l’acte, cela va nous permettre de découvrir le but véritable de nos actes.

A priori, lorsqu’un individu cherche à atteindre un but, alors il agit. Et c’est l’acte qui va l’amener au but qu’il veut atteindre.

Prenons l’acte le plus simple qui soit, comme boire de l’eau par exemple. Cet acte à un but : celui d’étancher la soif. Si la bouteille se trouve devant moi, il n’y a pas de calcul, je bois et j’ai étanché ma soif.

Si par contre je suis plongé dans un roman et que la bouteille se trouve à l’autre bout de la maison, alors inconsciemment je vais faire un calcul : vais-je continuer à lire ou aller boire ? Quel est le but de ce calcul ? C’est de déterminer ce qui va me procurer le plus de plaisir : continuer de lire ou étancher ma soif.

En réalité, quel que soit l’acte choisi, le but sera toujours le même : de me procurer le plus de plaisir.

Ce qui fait que même quand je bois de l’eau, tout simplement, mon but principal n’est pas d’étancher ma soif, c’est d’assurer mon bien-être.

En est-il ainsi de tout acte ?

Que dire par exemple d’un ouvrier dont le travail est pénible ou désagréable ? Eh bien, il peinera malgré tout en vue du bien-être qu’il pourra s’offrir grâce à son salaire.

Même un travailleur forcé qui de toute évidence agit contre son gré, c’est en fait aussi pour son bien-être qu’il s’exécute : cet acte lui évite la punition ou les coups.

Cette constatation nous éclaire sur un point du Na’assé : c’est que tout acte a pour but le bien-être immédiat ou futur de l’homme.

Lorsque le choix de l’acte devient un jugement

Nous allons à présent montrer que nous sommes les seuls juges du choix de nos actes, mais des juges aveugles !

Reprenons l’exemple de celui qui, étant plongé dans sa lecture, ressent la soif l’envahir. Que va-t-il choisir ?

Imaginons que la décision dépende d’un juge devant lequel se présentent deux plaignants.

Le premier plaide : « Il faut absolument que tu finisses ce chapitre, il est passionnant ! ». Quant au second il se plaint : « Il faut que tu boives, tu es déshydraté ! ».

De quoi va dépendre la décision de ce juge ?

S’il trouve moins d’intérêt dans la lecture, alors il ira boire. Si par contre l’histoire est passionnante, alors il continuera de lire, malgré la soif qui le tenaille.

Ainsi, le verdict sera motivé à tout instant par ce qui présente le plus d’intérêt aux yeux du juge, c’est-à-dire de l’individu.

Comment appelle-t-on un juge qui décide du verdict en fonction de son intérêt ? C’est un juge corrompu !

Or le verset nous enseigne :

« Ne prend pas de présent corrupteur (Sho’had), car il rend aveugle les yeux de sages »

וְלֹֽא תִקַּח שֹׁחַד כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים

Quel est ce Sho’had dans notre cas ?

C’est l’acte lui-même ou plus précisément, le profit que l’on va en tirer !

Vu sous cet angle, il faut reconnaitre que nous sommes tous corrompus ! Et, à en croire le verset cela signifie que nous sommes tous aveugles. Chez l’enfant, c’est une évidence, s’il ne fait ce qu’il a envie, il court à la catastrophe. L’adulte responsable aussi, s’il ne fait que ce qui lui plait, court lui aussi un danger qu’il ignore, parce qu’il est d’ordre spirituel.

Mais avons-nous le choix ? Est-il possible de faire un acte, sans prendre en compte notre intérêt personnel ?

La réponse nous est donnée pas nos ancêtres.

Le secret du Na‘assé

LE Enfants d’Israel ont compris au Sinaï que ce sont les mitzvot que D. leur propose d’accomplir, qui leur permettront d’échapper au danger d’un monde semblable à l’Égypte. Un monde corrompu, sans spiritualité, où chacun ne pense qu’à son intérêt. Un monde qui ressemble étrangement à nos sociétés modernes.

C’est pour cela que le peuple a dit Na’assé, ‘’Nous ferons’’. Sous-entendu, sans comprendre, sans peser le pour et le contre, sans chercher à savoir si ça nous plait ou pas.

Nous ferons’, mais pas comme un salarié, ni comme un ministre, un travailleur forcé ou un soldat.

‘’Nous ferons’, uniquement parce que nous avons totalement confiance en D.

Cela méritait bien une couronne.

Le secret du nishma’

Pourquoi dès lors, le Na’assé ne suffit-il pas ? Qu’est-ce que le Nishma’ vient ajouter ? Pour le comprendre, analysons ce qu’en dit le Zohar (Zohar Hadash parashat Aharé) :

« Na’assé VéNishma’. Agir par de bonnes actions. Comprendre par la Torah »

ֲשֶׂהנַע וְנִשְׁמָע. עֲשִׂיָּיה, בְּעוֹבָדִין טָבִין. וּשְׁמִיעָה, בְּאוֹרַיְיתָא

Le Zohar semble diverger par rapport à ce que l’on a compris.  Ce qu’il faut devancer ce ne sont pas toutes les mitzvot, mais seulement les ’bonnes actions’.

Tout d’abord, qu’appelle-t-on une ‘’bonne action’’ ?

Il s’agit de faire du bien à l’autre, bien sûr. Cependant si j’en tire un bénéfice, cette action n’est pas désintéressée. Elle n’est donc pas entièrement bonne.

Pour être bonne au sens absolu, l’action doit être entièrement tournée vers le bien d’autrui sans que j’en tire le moindre profit.

Voilà le point sur lequel le Zohar vient nous éclairer. Le Na’assé consiste bien sûr à accomplir aveuglément les mitzvot, toutes les mitzvot. Mais le plus grand effet sera produit par les ‘bonnes actions’.

Pour quelle raison ?

Parce qu’en accomplissant des actions au bénéfice d’autrui, sans calcul, sans rechercher à en tirer un profit quelconque, l’individu parvient progressivement à s’affranchir de son intérêt personnel, du ‘juge corrompu’ qui est en lui.

Cela lui ouvre alors une possibilité extraordinaire, c’est de découvrir ‘objectivement’ à travers l’étude de la Torah, le sens des mitzvot et ce qu’elles peuvent lui apporter. Dans le cas contraire, sans les bonnes actions, même l’étude assidue ne garantit pas à l’individu de s’affranchir de son intérêt personnel. Il risque au contraire, de ‘’se fabriquer’’ une Torah qui lui convienne.

C’est cela le secret du Nishma’.

C’est cela que les Enfants d’Israël voulaient exprimer lorsqu’ils ont déclaré ‘’nous comprendrons’’.

Ils voulaient que l’étude de la Torah les éclaire sur le chemin du bien. Ils voulaient qu’elle les guide en leur apprenant si la nature de leurs actes les éloigne ou les rapproche du Créateur.

Pour cela, ils ont mérité une deuxième couronne.

Conclusion

Rappelons ce que l’on a appris d’après le Zohar :

  • Na’assé, c’est agir par de ‘’bonnes actions’’ que l’on tente d’accomplir sincèrement de façon désintéressée, pour se rapprocher de D.
  • Nishma’, c’est apprendre, à travers la Torah que l’on étudie, comment parvenir à cette sincérité.

Nous voyons là que l’étude de la Torah et les bonnes actions sont entrelacées intimement.

On peut ainsi comprendre la contradiction apparente dans la mishna où nos Sages ז »ל, disent d’une part (Péah 1, 1) :

‘’L’étude de la Torah prévaut sur tout le reste’’

וְתַלְמוּד תּוֹרָה כְּנֶגֶד כֻּלָּם

Et d’autre part (Avot 1, 17) :

« L’essentiel n’est pas l’étude approfondie, c’est l’action »

וְלֹא הַמִּדְרָשׁ הוּא הָעִקָּר, אֶלָּא הַמַּעֲשֶׂה.

Effectivement l’étude de la Torah prévaut, parce qu’elle est la seule qui puisse guider nos actes dans le bon sens.

Mais l’essentiel c’est cependant la bonne action, parce que sans elle, l’individu continuera à être enfermé sur lui-même, et même son étude sera vidée de son sens puisqu’elle lui ne permettra pas de se rapprocher du Créateur.

Nous pouvons comprendre également la conclusion de la de la Guémarra qui discute pour savoir ce qui, de l’étude ou l’action, est plus important (Kidoushin 40b) :

« Grande est l’étude parce qu’elle conduit à l’action »

גדול תלמוד שמביא לידי מעשה

Là encore, cela signifie seule l‘étude, peut nous amener à aux ‘bonnes actions’ sincères, désintéressées.

Pour finir, le fait que l’action précède l’étude prouve qu’elle en est la racine. Cette idée se trouve aussi chez nos sages ז »ל :

« Celui dont les actions sont plus nombreuses que sa sagesse, alors sa sagesse se maintiendra. À quoi ressemble-t-il ? À un arbre qui a peu de branchages, mais dont les racines sont nombreuses. Tous les vents du monde peuvent venir se déchaîner sur lui, il ne bougera pas de sa place. »

כָּל שֶׁמַּעֲשָׂיו מְרֻבִּין מֵחָכְמָתוֹ, לְמַה הוּא דוֹמֶה, לְאִילָן שֶׁעֲנָפָיו מֻעָטִין וְשָׁרָשָׁיו מְרֻבִּין … שֶׁאֲפִלּוּ כָל הָרוּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם בָּאוֹת וְנוֹשְׁבוֹת בּוֹ אֵין מְזִיזִין אוֹתוֹ מִמְּקוֹמוֹ

En d’autres termes, la qualité de notre étude trouvera ses racines dans nos actes.

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