Penses-tu à Dieu ou à tes intérêts ?

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Dans la paracha de Vayigash, nous voyons que Yossef va subvenir aux besoins non seulement de sa famille, mais aussi de toute l’Egypte.

Au sujet de Yossef, on peut constater qu’il est passé du statut d’esclave jeté en prison (où il est d’ailleurs resté plusieurs années) à celui d’homme respecté et honoré par tous (à la fin, les Égyptiens étaient même prêts à se vendre à lui, à donner leur corps pour lui). Et on peut donc se demander: comment est-il donc possible de progresser ainsi constamment, d’aller de succès en succès ?

En fait, toute sa vie, Yossef a cherché à faire du Kiddoush Hachem, à honorer Hachem.

Devant la femme de Potifar, il n’a pas hésité à s’enfuir immédiatement pour ne pas fauter, même s’il savait pertinemment ce qu’il encourait en laissant son habit entre ses mains. Ce qui comptait le plus pour lui, c’était de faire la volonté d’Hachem.

Devant Pharaon, qui lui demande d’interpréter ses rêves et qui lui offre ainsi une chance de sortir de prison, Yossef n’a pas hésité à affirmer: « Ce n’est pas moi qui explique les rêves. C’est Hachem ! ».

Ces exemples illustrent le fait que Yossef ne pensait pas à lui-même mais à Hachem.

Pendant plusieurs années, avant de nous quitter assez récemment, le Rav Mordékhaï Eliyahou, zikhrono livrakha, a été Rav harashi, le Grand Rabbin  d’Israël. Il nous a quitté avec des trésors d’histoires, des trésors de comportement. Et il y a quelques temps, sont sortis deux livres.

L’histoire magnifique que nous allons rapporter se trouve dans l’un d’entre eux, et elle illustre le fait que lorsqu’une personne pense à Dieu, à faire du Kiddoush Hachem, à accomplir la Torah et les mitsvot sans penser à ses intérêts personnels, à ce que cela lui rapportera à lui, ses paroles et ses actes ont une portée exceptionnelle:

Une fois, Rav Mordékhaï Eliyahou est parti en Amérique avec quelques personnes qui l’accompagnaient. Il est allé chez un dirigeant de communauté très important, et qui avait de grands moyens. Et lorsque le Rav a vu ce dirigeant, il a constaté qu’il était livide et qu’il semblait très triste… Il lui demanda alors « Que se passe-t-il, mon cher ami? Je ne t’ai jamais vu dans un tel état! ». Le dirigeant lui répondit: « Si tu savais! Il y a quelques temps, mon fils s’est mis à fréquenter une non-juive. Et là, il envisage de l’épouser. Comment pourrais-je survivre à cela, du fait que mon fils abandonne la Torah et que mes petits-enfants ne seront même pas Juifs?! ».

Rav Mordékhaï Eliyahou, avec un sourire habituel, demanda alors au dirigeant de le laisser cinq minutes avec son fils. Le dirigeant prétendit que cela ne servirait à rien, que de nombreux Rabbanim avaient déjà essayé de parler à son fils sans réussir pour autant à le faire changer d’avis… Mais le Rav réitéra sa demande: « Je te demande juste cinq minutes ».

Le dirigeant appela alors son fils, et lui dit: « Moché! Quelqu’un veut te parler… ». Mais le fils répondit d’un air blasé: « Oh papa, encore un de ces religieux! Tu as essayé dix fois de me convaincre! Je n’ai pas envie de laisser mon amie! J’ai envie de me marier avec elle! ». Le père lui dit alors: « Je t’en supplie! Cinq minutes… C’est le Grand Rabbin d’Israël, il aimerait te parler… ».

Le fils ouvrit alors la porte de sa chambre, et se dirigea vers le bureau où se trouvait le Rav Mordékhaï Eliyahou. Le Rav ferma la porte, et 5 minutes passèrent. Puis dix, puis quinze. Et ce n’est qu’au bout de vingt minutes que le fils sorti du bureau. Il accouru alors vers son père, lui prit les mains et lui dit: « Papa! J’ai décidé de faire téchouva! ». Puis il annonça à son amie non juive: « Pour l’instant, il faut qu’on fasse un break. Pour l’instant, on ne peut plus se voir. »

Le père de Moché, ne sachant comment exprimer sa reconnaissance au Rav qui venait de sauver la vie de son fils, lui proposa de l’argent. Mais le Rav n’accepta pas un centime, ni pour lui, ni même pour sa Yéchiva.

Lorsque le Rav repartit, celui qui l’accompagnait lui demanda, étonné: « Pourquoi n’avez-vous pas accepté d’argent ? Cela aurait pu aider la Yéchiva ! ».

Le Rav Mordékhaï Eliyahou lui répondit par l’histoire suivante, que le Ben Ich Haï racontait pour montrer que lorsqu’on veut rapprocher quelqu’un de la Torah et des mitsvot, il ne faut penser qu’à Dieu, et pas à ses intérêts personnels:

Un avrekh étudiait la Torah jusque tard le soir. Une fois, en rentrant de son étude, il voit des Juifs assis autour d’une table, en train de jouer au Poker, avec de l’argent et excités par le fait de pouvoir jouer. Il leur dit gentiment: « Vous savez, très chers amis, il est dommage de perdre autant de temps ! Il est déjà minuit, vos femmes vous attendent! Pourquoi perdez-vous votre temps avec des cartes et avec de l’argent ? ». Et là, les jeunes juifs, confus, ne savent pas quoi dire… Ils prennent l’argent et disent: « Rabbi, tu as raison! On n’a pas à se donner aux cartes! On doit s’adonner à la Torah et aux mitsvot! ». Puis ils lui donnèrent tout l’argent.

Après quelques mois, l’Avrekh se rappelle de la somme qu’il a reçu, et est tenté de retourner vers ce groupe de joueurs. Mais cette fois-ci (où il ne pensait plus à leur intérêt à eux mais à son intérêt à lui), à peine commence-t-il à leur parler qu’ils le renvoient en lui disant: « C’est bon, on n’a pas besoin de toi ici! Pars!! ».

En conclusion de cette histoire, le Ben Ich Haï et le Rav Mordékhaï Eliyahou disaient que lorsqu’on vient vers quelqu’un avec une volonté sincère de le rapprocher d’Hachem, de la Torah et des mitsvot, nos paroles seront écoutées.

Puis le Rav Mordékhaï Eliyahou expliqua à la personne qui l’accompagnait: « Pourquoi crois-tu que le jeune-homme n’a pas écouté toutes les personnes qui, depuis des années, lui ont dit de quitter la non-juive ? Parce que celles-ci n’avaient peut-être pas une idée saine, une idée propre derrière la tête. Moi, lorsque je suis venu, j’ai prié Hachem. J’ai eu de la peine de voir qu’un jeune juif n’allait pas pouvoir fonder un foyer… Il en va de même pour l’Avrekh avec les joueurs de Poker: au début, il a pensé les rapprocher de la Torah. Mais, à la fin, ce n’était plus vers Dieu mais vers les billets qu’il s’est dirigé. »

Nous voyons ici un principe (et c’est Yossef qui nous l’a montré le premier, en se sauvant de la femme de Potifar, et en montrant devant Paro qu’Hachem était l’essentiel) que lorsqu’on veut rapprocher une personne qui s’est éloignée du droit chemin, il faut se demander si ce qui nous intéresse, c’est sa réussite à lui, où notre intérêt à nous. A-t-on vraiment envie de l’approcher d’Hachem, ou cherchons-nous plutôt à « le descendre », à lui dire: « Tu es un moins que rien! » ?

Lorsqu’on rapproche une personne de la Torah avec une intention pure, Hachem nous vient en aide et nous donne encore plus les moyens de faire du zikouy harabim (de donner du mérite aux autres, c’est-à-dire de les rapprocher d’Hachem, de la Torah et des mitsvot).

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