Quand le Ayin hara a-t-il de l’emprise ?

oeil

Au début de parachat Ki tissa, D.ieu demande à Moché Rabbénou de compter les Bné Israël. Mais Il lui précise bien de ne pas les dénombrer directement; de les compter en utilisant des pièces d’un demi-chékel. Car, comme l’explique Rachi, le fait de compter entraîne le Ayin hara et la peste, comme cela s’est produit à l’époque du roi David.

A cette époque, David a demandé à son général, Yoav, de compter les Bené Israël. Au début, celui-ci a refusé, car il savait que c’était dangereux. Mais David a insisté; et, finalement, Yoav a obéi au roi. Ce compte a entraîné une terrible épidémie.

Pourquoi ? En quoi le fait de compter entraîne-t-il l’emprise du mauvais œil ?

Dans son Séfer Doudaé Réouven, sur parachat Bamidbar, le Rav Réouven Timstit, pose une question encore plus forte. Il demande: s’il ne faut pas compter les Bné Israël directement mais seulement par l’intermédiaire d’un objet (comme nous le voyons dans parachat Ki tissa), comment se fait-il que cette précaution n’ait pas été prise lors du décompte dont la Torah nous parle dans le paracha de Bamidbar?

A cet endroit, nous voyons que le compte a été fait par tête. Et même si d’après Rachi, des pièces d’un demi chékel ont aussi été utilisées à cette occasion, plusieurs autres commentateurs disent que le décompte des Bné Israël dont la Torah nous parle dans parachat Bamidbar a été fait sans ma’hatsit hachékel. Qu’à cette occasion, les Bné Israël ont été comptés directement.

Comment comprendre cela ? N’avait-on, alors, plus peur du Ayin hara ?

Avant de répondre à ces questions, faisons une petite parenthèse sur le Ayin hara: d’où vient cette force destructrice du regard ?

Dans parachat Béréchit, nous voyons que D.ieu a créé le monde par la parole, par dix paroles. Mais nous voyons aussi qu’Hachem a vu (comme par exemple lorsqu’il est dit, au quatrième verset du premier chapitre, qu’Hachem a vu que la lumière était bonne). Et, en fait, D.ieu a créé le monde par la parole, mais Il l’a maintenu par le regard.

Cela signifie que la parole crée, et le regard positif maintient.

La parole peut construire. Et le regard peut soit maintenir (s’il s’agit d’un regard positif), soit détruire (s’il s’agit d’un Ayin hara).

La force de l’œil, du regard, qu’elle soit créatrice ou destructrice, existait déjà depuis la création du monde.

Mais revenons à notre question: pourquoi dans parachat Ki tissa a-t-on peur du Ayin hara au point de ne pas compter directement les Bné Israël, alors que dans parachat Bamidbar on n’a pas cette crainte ?

Le Rav répond que la grande différence entre ces deux dénombrements, c’est que lors de celui qui est raconté dans Bamidbar, la construction du Michkane avait déjà eu lieu. Il se situe au moment où D.ieu va faire résider Sa Chékhina sur le Michkane. Alors que le décompte relaté dans Ki-tissa a eu lieu avant la construction du Michkane et après la faute du Veau d’or. Il servait à déterminer le nombre de survivants à cette faute, et montrait l’amour de D.ieu envers le Klal Israël qui existait même à ce moment-là.

Mais en quoi le fait que le dénombrement des Bné Israël raconté dans Bamidbar ait eu lieu après la construction du Michkane justifie-t-il la non-crainte du Ayin hara ?

Le Ayin hara existe. La preuve: Rachi en parle, et chaque matin nous prions pour ne pas être touchés par le Ayin hara. Cependant, il ne faut pas que le Ayin hara devienne « une grande porte de sortie », c’est-à-dire L’explication de n’importe quel malheur ou la cause d’une trop grande peur.

Le Ayin hara existe, c’est vrai. Mais attention! Il ne faut pas tout confondre.

Certaines personnes ont peur du mauvais œil, au point de vouloir par exemple « cacher » leur belle voiture neuve, pour ne pas que les voisins y mettent leur Ayin hara. Il y a toute sorte de paranoïa autour du mauvais œil, qui entraîne mensonge, séparation d’amis, problèmes dans les familles…

Essayons donc de comprendre quelle est la véritable force du Ayin hara.

Lorsqu’il y a le Michkane, on n’a plus peur du Ayin hara, car la Chékhina c’est la berakha. Lorsqu’il y a Chékhina, il y a berakha; et lorsqu’il y a berakha, il y a Chékhina. Lorsque la Présence Divine réside parmi les Bné Israël, il y a automatiquement la bénédiction. Lorsqu’il y a la Chékhina, le mauvais œil n’a pas d’emprise.

De nos jours, il n’y a pas de Michkane. Alors où est la Chékhina ? Et y a-t-il Ayin hara ou pas ?

Le principe selon lequel la Chékhina entraîne la berakha et la non-emprise du Ayin hara reste valable même de nos jours, où nous n’avons pas de Michkane. Car lorsqu’un Juif fait des mitsvot et étudie la Torah, lorsqu’un Juif est en cohérence avec son Créateur et il peut donc faire résider la Chékhina sur lui.

Pour faire résider la Chékhina sur nous, il ne faut pas forcément ne jamais avoir fauté. Il n’existe pas d’homme qui n’ai jamais fait d’erreur, et même Moché Rabbénou en a fait. Dans une course, les participants ne courent pas tous au même rythme. Mais ce qui compte, c’est de commencer à courir. Car celui qui sait qu’il faut aller plus vite, et qui pourtant refuse cela et continue à marcher, n’a aucune chance de gagner la course…

De même, dans la Torah, celui qui fait ce qu’il peut, mais qui veut vraiment s’améliorer et progresser, peut faire résider la Chékhina sur lui. Même s’il y en a d’autres qui « courent plus vite que lui », c’est-à-dire qui étudient davantage la Torah ou qui accomplissent  mieux les mitsvot.  Ce Juif a la Chékhina. Il a la berakha. Il est protégé du mauvais œil.

Mais lorsqu’un Juif n’est pas en paix avec lui-même parce qu’il fait des choses qu’il sait qu’il ne doit pas faire, lorsqu’il peut s’arrêter de faire ces choses-là mais qu’il ne le veut pas, là la Chékhina s’en va.

La Chékhina ne reste pas là où on ne la souhaite pas. Là où on ne la désire pas, elle se retire. Et alors le mauvais œil à de l’emprise.

Le Ayin hara n’a pas de force en lui-même.

C’est un instrument qui est actionné par la midat hadine. Il est l’un des moyens par lequel cette dernière peut frapper. Par conséquent, la cause n’est pas le Ayin hara. La cause, c’est les fautes de chacun d’entre nous. C’est la mauvaise direction qu’on a prise. C’est là que le mauvais œil peut avoir de l’emprise.

Il est donc illogique d’avoir peur du mauvais œil sans avoir peur des fautes qu’on a faites.

Il vaut mieux avoir peur de ses propres fautes que du regard de l’autre. Car sur nos propres fautes, nous pouvons avoir une maîtrise. Alors que le pouvoir qu’aura le regard de l’autre sur nous est une conséquence de nos fautes.

Le regard de l’autre n’a pas de force en lui-même. C’est une force qui a été créée à partir de mes faiblesses.

Par conséquent, le fait de fuir le regard de l’autre et de mettre en place une stratégie pour l’éviter équivaut en fait à se fuir soi-même. Car le principal responsable de ce qui arrive, c’est toujours nous-mêmes.

La force destructrice du regard de l’autre est un outil utilisé par la midat hadine.

Mais si nous avons confiance en D.ieu, si nous cherchons à être chaque jour meilleur que ce que nous étions la veille, si nous essayons d’être constamment en progression, le regard de l’autre n’a aucun effet. Parce que ce qui joue, ce sont mes fautes. L’autre n’est qu’un instrument.

La midat hadine peut frapper par son intermédiaire, ou par un autre moyen.

Par conséquent, ce que nous devons faire, c’est la volonté de Dieu.

Ne pas avoir peur des gens, ne pas avoir peur de leur regard.

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