L’éducation des enfants : généralités

Même dans les civilisations dites avancées, l’instruction n’est obligatoire que depuis quelques décennies. En France, par exemple (un des pays d’ailleurs pionniers en la matière), elle date de la première moitié du vingtième siècle.
Dans la Torah, donnée il y a plus de 3300 ans, l’éducation est obligatoire depuis cette époque. On pourrait presque dire que pour les Juifs, la plus grande honte était d’être analphabètes. D’ailleurs, ils ne le furent jamais: dès la plus haute antiquité, ils savaient lire et écrire. Et ce n’est pas parce que nous cherchons à être un peuple distingué, mais parce que nous avons compris dès l’origine que la transmission était la finalité de la vie.
Je suis ce que je suis. Mais si je veux que mes enfants continuent à l’être après moi, il faut que je leur communique mon savoir, mon expérience, mon patrimoine.
Et voilà pourquoi depuis tout temps c’est cette mitsva, cet impératif, qui a été le plus important. Un des adages talmudique les plus célèbres est, en quatre mots, « talmoud Torah kénéguède koulam (la mitsva la plus importante demeure l’étude de la Torah) ».
Il y a donc une obligation de transmettre. Mais de transmettre quoi ?
Bien sûr le contenu de la Torah. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la Torah n’est pas seulement une religion, au sens étroit du terme. Elle n’est pas un ensemble de devoirs, de principes moraux. Elle est toute une civilisation, une approche de la vie (comme nous essayons, dans nos petits entretiens, de le préciser au fur et à mesure).
Mais je me plais à vous dire en quelques mots quelques exemples montrant que déjà dans la littérature talmudique (qui, je le répète à chaque fois, date de plus de quinze siècles), on tenait compte particulièrement de la personnalité de l’enfant.
D’ailleurs, en cela on ne fait que poursuivre le verset des Proverbes « ‘Hanokh lana’ar léfi darko (éduque l’enfant selon son chemin) ». Ce verset du roi Salomon (donc fort ancien) nous indique que l’éducation n’est pas une recette de cuisine: il ne s’agit pas de mettre des ingrédients en quantité, et puis cela marche. Non! Chaque enfant est un être à part, un monde à lui-même. Et il faut d’abord le sentir pour pouvoir lui parler.
Ce qui est, je dirais, la deuxième révolution de la Torah, c’est que l’enfant a toujours été considéré comme une personne à part entière. Je vous rappelle que même dans les pays européens, jusqu’au vingtième siècle, l’enfant était traité comme un esclave: ce qui comptait, c’était sa productivité au niveau du travail ; on le traitait comme une denrée.
Pour la Torah, l’enfant est déjà un être à part entière. Il a droit à notre affection et à notre considération. Nous devons lui donner de l’importance.
Maintenant, méfions-nous! Je veux dire d’emblée que, dans le monde d’aujourd’hui, un peu comme si toutes les civilisations environnantes avaient senti le retard qu’elles avaient pris en la matière, au lieu de mettre l’enfant à part, au lieu de le dévaloriser comme cela a été trop souvent le cas, on en fait l’essentiel: l’enfant est roi aujourd’hui. Et cela, c’est malheureusement une situation très préjudiciable. Préjudiciable pour l’enfant lui-même.
Je crois que dans le monde d’aujourd’hui, on apprend à l’enfant à ne pas avoir de limites. Les parents qui en ont les moyens achètent tout à leurs enfants. Ils cèdent sur tout. L’enfant demande, les parents s’exécutent. Ils tiennent à être bien vus par leurs enfants. Ils veulent être des parents soit disant modernes, dans le coup. « Tu veux cela ? Voilà! Tu veux faire cela ? On le fait! ».
Je crois que le génie de la Torah, c’est d’avoir donné son importance à l’enfant, en lui faisant sentir que, dans la vie, il y a des limites.
La notion de limite est la notion même de la création: lorsque D.ieu a créé le monde, nous explique la Torah, le monde ne cessait de croître, de grandir, de se développer. C’est alors, dit le Midrash, que Dieu a dit au monde « Cela suffit! ». Et ce thème de l’expansion du monde (qui est d’ailleurs un thème moderne chez les physiciens), du monde qui -comme un ballon qu’on gonfle- ne cessait de grandir, les scientifiques ne l’expliquent pas. Ils le constatent. Mais la Torah, elle, a une explication:
Dès la création, la matière voulait envahir l’espace, le vide ; sans limites, sans s’arrêter. Le Créateur a dit: « On s’arrête là ».
Le Midrash dit que l’eau voulait recouvrir toute la terre (qui aurait pu, d’ailleurs, s’appeler la mer), et D.ieu lui dit de s’arrêter. Il voulait que les continents émergent, apparaissent. Il a donc fixé une limite à la mer,
Pourquoi à elle ? Parce qu’elle est l’élément le plus puissant de la terre.Même à ce moment-là, Hachem, en lui donnant des limites, veut donner un exemple.
Prenons l’exemple ensuite de l’homme et de la femme créés: Adam et Ève. Hachem les met dans un élément paradisiaque, qui s’appelle en Hébreu le Gan ‘Eden (le jardin d’Eden), en leur disant: « Vous pouvez manger ce que vous voulez. Il y a juste un arbre où vous ne toucherez pas des fruits ». L’homme et la femme ont craqués. Peu de temps après, ils ont mangé ce fruit interdit. Ce qui a provoqué leur chute, puis leur mort
Selon la Torah, l’apparition de la mort dans le monde (c’est-à-dire le fait que l’homme ne va vivre qu’un nombre limité d’années, alors que D;ieu avait prévu qu’il vive éternellement) est dû au fait que l’homme n’a pas voulu accepter la limite, l’interdit. Et d’ailleurs, je dirais que le péché le plus grave de l’homme, c’est l’orgueil ; le fait qu’il pense qu’il est capable de tout, qu’il peut tout comprendre, tout dominer, tout expliquer.
La Torah nous invite à l’humilité. Pour nous d’abord, en nous disant que dans la vie, on ne peut pas tout expliquer, tout comprendre.Transmettons ceci à nos enfants, tout en les poussant à devenir les plus sérieux, performants, dans leurs études (et je crois qu’on ne peut pas reprocher au Judaïsme de ne pas avoir encouragé l’étude). Cet équilibre-là, c’est ce que je voudrais appeler « l’éducation nécessaire d’aujourd’hui ».
Pour cela, j’invite donc les parents à se responsabiliser, à comprendre que les abus, les addictions comme ont dit [le faits que les enfants arrivent très tôt à la drogue; se servent très jeunes de préservatifs ; le fait qu’adolescents,ils  ne comprennent pas qu’il y ait des limites (avec tous les excès et le renversements que l’on comprend après…)] entraînent que la nature se retourne contre nous.
Nous en avons une illustration avec la pollution:L’homme a imaginé que, sur la terre, il pouvait tout faire: produire sans cesse ; produire tout, n’importe comment et sans limites. Est venue donc une législation internationale qui maintenant limite des rejets de CO2, des substances dangereuses pour l’homme. Pourquoi ? Parce que l’homme ne sait pas se limiter. On apprend à limiter la vitesse, les rejets, la pollution, la violence ; car l’homme, sans limite, est un être abject. La Torah l’a compris dès l’origine.
Voilà le premier thème, essentiel, que je voulais expliquer sur le thème de l’éducation. Dans un prochain entretien, que je voudrais consacrer aux méthodes de l’éducation, nous poursuivrons au-delà.

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