Les explorateurs ou la peur du mariage

La paracha de Chela’h Lékha relate l’épisode des explorateurs, ces chefs de tribus venus inspecter la terre d’Israël.

Quelle fut la raison de cet échec ?

L’entrée du peuple d’Israël en terre d’Israël est comparée, dans les Midrashim, au mariage entre un homme et une femme [l’homme (ich) étant le peuple d’Israël ; et la femme (icha) étant la terre d’Israël].

La réussite de cette entrée est donc comparable à celle de la rencontre et du mariage d’un homme juif et d’une femme juive .

Qu’est-ce que le mariage ? Comment fonctionne-t-il dans la Torah ?

La Guémara Kiddoushine traite du mariage, et nous dit que pour qu’une femme soit mariée à un homme, il faut respecter une procédure appelée kinyane (acquisition). Un homme, dit le premier chapitre de la Guémara Kiddoushine, doit acquérir sa femme.

Drôle de terme! Presque vulgaire, puisque le mot kinyane (acquisition) est employé aussi pour toute acquisition qu’un homme veut faire: s’il veut acquérir n’importe quel objet matériel (une maison, une voiture, un stylo, un habit…), on parlera de kinyane de cet objet, utilisant ainsi les mêmes mots que lorsqu’on parle, dans le premier chapitre de Kiddoushine, de se marier avec une femme.

Par contre, dans le deuxième chapitre de cette même Guémara, on change de registre, et le terme employé devient beaucoup plus noble: on dit « haich mékadesh (l’homme sanctifie) ». Ici, le langage employé pour signifier un mariage est celui de Kiddoushine, kadosh, sainteté, sanctification, séparation.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Pour qu’un Juif acquiert un objet, pour qu’il y ait transfert de propriété entre un acheteur et un vendeur, il y a des procédures, dictées dans la Halakha, qui sont des procédures de kinyane: pour acquérir un objet matériel, il faut faire hagbaa (le soulever) ou méchikha (l’amener à soi) ; et, dans certaines conditions, même un paiement pourra permettre de faire un kinyane.

Est-il permis de déroger à ces procédures en se mettant d’accord avec le vendeur sur la manière dont l’objet sera acquis, c’est-à-dire en convenant par exemple qu’au moment où nous nous serrerons la main, l’objet sera acquis ?

La Halakha dit que:

-pour acquérir un objet matériel, il est permis d’utiliser une procédure dictée par les coutumes de l’endroit dans lequel on se trouve (dans ce domaine, on peut donc acquérir sans utiliser les procédures inscrites dans la Halakha);

-par contre, lorsqu’un homme veut marier une femme (c’est-à-dire se marier avec elle), il doit se conformer à ce qui est dicté par la Halakha.

En effet, pour que cette femme soit mékoudéshet, pour qu’il y ait nissouine (mariage), pour qu’elle prenne le titre de échet ich (femme mariée), il faut suivre les procédures édictées dans la Halakha:

-donner une bague devant deux témoins ;

-dire la phrase qui commence par « Haré at mékoudéshète li » etc….

Et s’il manque l’une des conditions nécessaires (exemple: s’il n’y a pas de bague, ou s’il n’y a pas de témoins), l’homme et la femme ne sont pas mariés même s’ils en ont tous les deux très envie, que toute leur famille est d’accord pour ce mariage, et qu’eux-mêmes se considèrent mariés.

Une autre différence importante entre l’acquisition d’un objet et celle d’une femme, c’est que:

-l’acquisition d’un objet se fait d’un seul coup ; un seul acte (exemples: remise des clés ou paiement) suffit pour l’acquérir ;

-alors que celle d’une femme se fait toujours en deux parties: les iroussine et les nissouine.

De nos jours, ces deux parties ont été réunies (elles se font toutes les deux sous la ‘Houpa). Mais à l’époque de la Guémara, généralement:

-après les iroussine, la femme retournait chez sa famille et y restait pendant un an pour préparer le mariage ;

-et seulement ensuite les nissouine (la consommation du mariage) avait lieu.

Toute acquisition ou sanctification d’une femme nécessite donc deux étapes.

Derrière cette technicité se cache la définition de ce qu’est le mariage pour nous, les Juifs.

Avant les irroussine, la femme est potentiellement permise à tout homme. Après cette première étape des Kiddoushine, elle devient permise à l’homme qui lui a donné les irroussine, et interdite à tous les autres.

On aurait pu croire qu’à ce stade déjà, une femme aurait pu être considérée comme mariée. Pourtant, pour qu’elle le soit vraiment, l’étape des nissouine est indispensable. Pourquoi ?

Car, pour la Torah, le mariage ne se limite pas à permettre une femme à son mari et à l’interdire aux autres hommes. C’est bien plus que cela. Le plus important dans le mariage, c’est la deuxième partie des Kiddoushine. C’est le kinyane ichout, c’est-à-dire le fait que l’homme et la femme construisent ensemble une vie de couple.

La deuxième partie du kinyane, c’est la possibilité, le désir et l’obligation qu’a un homme de construire une vie de couple avec sa femme. Celle-ci n’est pas seulement sa femme parce qu’elle est interdite aux autres hommes et qu’elle lui est permise à lui. C’est bien plus que cela !

La Torah dit que lors du ma’assé kiddoushine, les deux âmes s’unissent. Il y a réunion de deux mondes, deux âmes (mais qui étaient, à l’origine, un) se retrouvent.

Cette idée de créer une vie de couple, une proximité, une entente particulière entre un homme et une femme, est indispensable dans un mariage juif.

Après la première partie des Kiddoushine, la femme appartient à son mari. Normalement, le mot « ba’al » signifie « propriétaire » ; mais une femme n’appartient pas à un homme comme sa voiture lui appartient !

Le kinyane d’un homme envers sa femme dépasse de loin celui d’un objet matériel. La Torah dit à l’homme : « Il faut que tu deviennes ich !

Dans la première partie du mariage, tu es ba’al, comme si tu avais acquis un objet matériel. Mais attention! Le but est « haich mékadesh », que tu arrives à construire avec ta femme un nid de kedousha, une vie de couple qui permet de te sanctifier toi, et de sanctifier ta femme. De créer une proximité, une intimité, qui te permet dans ton couple et par ton couple de t’élever, et de te rapprocher de D.ieu». Cela c’est le but, c’est l’objectif. C’est la partie éternelle, et qui est en travail permanent chez l’homme et chez la femme, pour construire le couple juif voulu par la Torah.

Lorsque les explorateurs sont entrés en Erets Israël, ils se sont rendus compte que la vie dans ce pays était très différente de celle qu’ils avaient dans le désert: pour manger en Erets Israël, il va falloir travailler la terre, construire une relation avec elle.

Dans le désert, les Bné Israël se trouvent dans un endroit interdit à tout peuple sauf eux (dans le sens où aucun peuple à part eux n’a pu survivre en ce lieu). Mais ils ne font rien pour leur subsistance, ils ne travaillent pas la terre, ils ne créent pas avec le désert une proximité ou un lien qui les engagent. Tout tombe du ciel ! Ils ne travaillent pas la terre, ne sont pas rentrés dans un kinyane avec elle.

La vie dans le désert rappelle la première partie du mariage ; et celle en Erets Israël rappelle la seconde, c’est-à-dire l’obligation:

– pour l’homme de se débrouiller, de s’organiser, de s’investir et de s’engager pour que sa femme veuille lui appartenir ;

– et pour la femme, « d’appartenir » à son mari.

 Le terme appartenir implique ici la construction d’un lien indélébile entre un homme et une femme ; d’une relation qui ne s’arrête pas au fait que la femme est permise à son mari et interdite aux autres hommes.

Pour la Torah, la vie de couple est un lien fort qui unit deux personnes pour construire une aventure commune.

De cela, les explorateurs ont eut peur. Ils n’étaient pas prêts à s’engager, et ont préféré rester dans leur confort.

Deux explorateurs parmi les douze n’ont pas commis cette erreur: Yéhoshoua bin Noun et Calev ben Yéfouné.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ils n’ont pas fauté mais, en tout cas, eux étaient « prêts pour l’aventure ». Ils savaient que celle-ci ne serait que bénéfique pour le Klal Israël.

Que le vrai bonheur ne se trouve pas dans le fait de tout recevoir sans s’être investi.

Que le vrai bonheur pour un homme c’est de s’investir, de se donner. De donner de lui-même pour donner à l’autre.

Et lorsqu’un homme donne, ce qu’il reçoit est décuplé.

 

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