Les jours de Ben Hamétsarim

Dans l’année juive, il y a une période qui est particulièrement difficile à vivre: celle qui sépare le jeûne du 17 Tamouz de celui du 9 Av. Cette période, qui tombe généralement au mois de juillet, dure trois semaines. Lors des trois Chabbatot de ces semaines (appelés les trois Chabbatot du châtiment), nous lisons des prophéties (d’Isaïe et de Jérémie) qui parlent de la crise, si j’ose dire, qui  s’est installée entre Hachem et Israël. La trahison du peuple juif a connu, un jour, un trop plein. Et Hachem a alors détruit le Temple.

La destruction du Temple est présentée par les prophètes comme un drame pour D.ieu. Pour Lui, laisser les ennemis d’Israël mettre le feu à Sa propre maison était, bien évidemment, comme un constat d’échec. Mais remettons les choses à leur place: ce ne sont ni les Romains, ni les Babyloniens avant eux, qui ont détruit le Temple. C’est Hachem qui s’est servi de leur présence pour amener le châtiment sur Ses enfants. Il a fait comme un père qui voit que son fils le trahit, que son fils court un danger: il lui donne une correction, mais il pleure avec l’enfant. Et sa main qui frappe est plus malheureuse que l’enfant qui reçoit les coups.
Ce châtiment n’a pas seulement concerné le bâtiment du Temple. Il a aussi impliqué l’arrêt des sacrifices (korbanotes), l’arrêt du grand Sanhédrine (qui siégeait à l’intérieur du Temple, et qui était composé de 71 juges, les plus éminents de tout le peuple d’Israël). Et surtout l’arrêt du rôle primordial que le peuple juif jouait, envers le monde entier, sur le plan spirituel. Les prophètes disaient, en effet, que D.ieu a fait de nous une lumière pour les nations, pour les guider vers le chemin qui monte jusqu’au ciel.
Et un jour, tout s’est arrêté: Israël a été chassé de sa terre, il a perdu son indépendance politique, son autonomie, son leadership religieux. Il est devenu un peuple pourchassé, haït, exilé. Le premier exil durera 70 ans; le deuxième n’est pas encore complètement terminé.

Tout au long de leur histoire, les Juifs vont être accueillis dans différents pays. Et ils vont en être chassés. Ce fut le cas en Espagne (en 1492), mais aussi en Allemagne, en France et en Angleterre (entre le 11ème et le 12ème siècle). Tous ces drames ont eu lieu entre le 17 Tamouz et le 9 Av. Et plus récemment, en France, pendant la Seconde guerre mondiale, la rafle du Vél d »Hiv’ (qui a vu les Juifs de France être déportés avec la collaboration active de la police française) a aussi eu lieu lieu pendant cette période de Ben Hamétsarim.

Puisque j’évoque ce sujet, beaucoup d’esprit contemporains se sont étonnés que les Hakhamim, les Rabbins, les Sages de notre époque, n’aient pas souhaité fixer un jour pour commémorer la Shoa. Le Yom Hashoa n’a pas été institué par les Sages d’Israël. Pourquoi ? Car tous les drames de l’Histoire ont leur racine dans le 9 Av. Et, disaient-ils déjà avant la Shoa, si on devait marquer tous les drames de l’Histoire par une date les commémorant, le calendrier juif aurait vite fait de se transformer en une complainte permanente.
Or les Sages ne veulent pas que l’on soit triste outre mesure, que l’on pleure indéfiniment. Tous les rites de deuil sont codifiés. Même lorsque l’on perd un parent, le deuil est limité à sept jours d’abord (les plus graves), puis trente jours moins graves; et, au bout de douze mois, le deuil est terminé. Celui qui voudrait être en deuil toute sa vie transgresserait la Torah.
Pourquoi tout cela ? Car la Torah redoute une chose: que la tristesse, les larmes, conduisent au désespoir.
Celui qui désespère se met en danger lui-même, et il met en danger les autres. Il n’y a rien de pire que la déprime ! Pour éviter d’y tomber, la Torah demande qu’on prenne le deuil à certaines occasions (destruction du Temple, décès d’un parent…) mais qu’on sache s’en relever.
Dans la paracha de Pinhas (qui est lue pendant Ben Hamétsarim, ou juste avant), la Torah nous parle des sacrifices qui étaient offerts au Temple durant les fêtes. Mais pourquoi parler d’un sujet aussi joyeux pendant une période de deuil ? Est-ce vraiment le moment ? Oui. La Torah a volontairement parlé de cela en cette période triste, pour ne pas que l’homme sombre complètement. Le fait de penser simplement qu’un jour il y aura des fêtes est pour nous un immense réconfort.
On retrouve la même idée lorsque la Torah parle de la vente de Yossef. Imaginons un peu la scène: un jeune homme est vendu par ses propres frères, il est ligoté, jeté sur un chameau, transporté dans une caravane pour être vendu en tant qu’esclave en Égypte… Y a-t-il plus déprimant ?! Et voilà que la Torah précise que la caravane dans laquelle était Yossef transportait des aromates, des parfums. Pourquoi ? « Pour ne pas incommoder le tsadik ».
Très surprenant ! Dans la situation affreuse dans laquelle Yossef se trouvait (il avait été vendu, trahit, humilié…), que pouvaient donc bien lui changer ces parfums ?! Avait-il seulement la tête à y penser ?! Quelle importance avaient ces bonnes odeurs, face à tant d’humiliation et de douleur ?!
Nos Maîtres répondent que ces parfums étaient un clin d’œil de la Providence divine. Ils lui rappelaient que malgré son épreuve, sa souffrance, Hachem était avec lui. Il ne l’abandonne pas, Il ne le quittait pas. Il descendrait avec lui en Égypte, et Yossef sortirait grandi, et avec gloire, de toutes ces difficultés ! Et effectivement, Yossef est devenu roi.
Un verset de la Torah dit « בכל צרתם לו צר ». Il signifie qu’Hachem est avec nous dans toutes nos souffrances. Et, en Hébreu, le mot « lo » peut s’écrire de deux manières:
-soit לו (et les mots לו צר veulent alors dire que lorsque nous souffrons, Hachem aussi souffre);
-soit לא (et les termes לא צר signifient alors: il n’y a plus de souffrance).
Et deux explications sont, en fait, complémentaires: parce qu’Hachem souffre avec nous, il n’y a plus de souffrance.
Dans la vie de tous les jours, nous voyons bien que lorsque nous sommes tristes et que quelqu’un fait un geste pour nous aider (par exemple un sourire), nous nous sentons plus fort. À plus forte raison lorsque le « geste » en question est celui de D.ieu, qui nous dit: « Je ne vous laisse pas tomber ! Même si vous avez connu tant et tant de souffrances, Je suis en exil avec vous. Je partage votre douleur. Je viendrai vous chercher, et Je vous ramènerai ».
Et nous voyons, de nos jours, combien la promesse a été tenue. Et c’est loin d’être terminé.
Quoi qu’en pense le monde, les prophéties joyeuses s’accompliront.

À la fin de Massékhet Makot, la Guemara raconte que plusieurs Rabbanim, dont Rabbi Akiva, sont retournés à l’endroit du Temple après sa destruction. Et ils ont vu un chacal qui sortait du lieu du Kodesh Hakodashim. Voyant qu’à cet endroit où seul le Cohen Gadol pouvait entrer (le jour de Kippour et après une grande préparation spirituelle) les animaux pouvaient désormais se promener, tous les Rabbanim se sont mis à pleurer. Sauf Rabbi Akiva qui, lui, riait. Et il expliqua sa joie en disant: « Maintenant que la prophétie de la destruction s’est accomplie, je sais que celle de la reconstruction s’accomplira aussi ! ».

Cet extraordinaire optimisme de Rabbi Akiva est la réponse de la Torah à l’histoire juive.

Le Machiah doit naître l’après-midi du 9 Av. Pour nous dire que c’est de la plus grande douleur que doit naître la rédemption.

Peut-être que, dans l’Histoire, nous devons apprendre la patience et la confiance. Celui qui sait que D.ieu tient toujours parole est serein. Hachem a promis qu’un jour Il rebâtira le Temple. Pour nous, croyants, c’est comme si c’était déjà fait. Nous prions simplement pour être les témoins de ce miracle exceptionnel.
Nous en avons déjà eu quelques prémices. Il nous faut prier pour avoir le bonheur de vivre la suite, et de voir la réalisation de toutes les magnifiques prophéties de la fin des temps, dans lesquelles le peuple d’Israël, rassemblé sur sa terre, continuera d’être une lumière pour les nations. Et le monde respectera enfin les Juifs. Il reconnaîtra le rôle spirituel de notre peuple, qu’il respectera et aimera. Il sera complètement conscient de l’existence de D.ieu et de Sa sollicitude. Et alors, tous ensemble, les nations et nous, nous servirons Hachem.

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