Vivre la dimension du Olam Haba pendant Souccot

Les 4 espèces de Souccot se décomposent en fait en 3 + 1.
Le loulav, le hadass et la arava d’une part et l’étrog d’autre part. On pourrait se demander alors pourquoi fait-il bande à part ?
Le Gaon de Vilna explique qu’il incombe à l’homme d’accomplir un acte d’unification entre l’étrog et les 3 autres espèces.
Cette idée se retrouve aussi dans les Téfilines. En effet, il est rapporté dans la guémara Méguila (16b) que « Tous les peuples de la terre verront que le nom de D.ieu est sur toi et ils te craindront « . Rabbi Eliezer Hagadol dit qu’il s’agit des Téfilines de la tête car elles contiennent 2 lettres du nom de D.ieu, le chin et le dalet.
En mettant les Téfilines de la main qui contiennent une lettre du nom de D.ieu, le youd, c’est le nom de D.ieu entier qui est formé.
Là aussi, il y a de la part de l’homme un acte d’unification qui va élever également le statut des Téfilines de la main puisqu’à présent s’est créée une unité avec les Téfilines de la tête.
Cet acte d’unification, ce maassé ‘hibour, entre l’étrog et les autres espèces va également apporter au 3 espèces une valeur ajoutée, une valorisation.
En d’autres termes, grâce au étrog et par l’intermédiaire du ‘hibour, les 3 autres espèces vont acquérir une autre dimension, un statut plus élevé.

Pour comprendre le sens de ce ‘hibour entre l’étrog et les autres espèces, il nous faut revenir sur les premiers versets de Béréchit. Il est écrit :
תַּדְשֵׁא הָאָרֶץ דֶּשֶׁא עֵשֶׂב מַזְרִיעַ זֶרַע, עֵץ פְּרִי עֹשֶׂה פְּרִי  »ֹ »
D.ieu ordonne à la terre de produire des végétaux ainsi que des fruits qui auront le même goût que l’arbre. Au verset suivant, il apparaît que la terre désobéit à cet ordre divin en produisant des fruits qui n’ont pas le goût de l’arbre ce qui va valoir à la terre d’être maudite au même titre que l’homme.

Ici, il se passe quelque chose de particulier : c’est la première fois dans le processus de la Création qu’un ordre émanant de D.ieu n’est pas respecté !
Comment est-ce possible ?
Comment la parole divine peut-elle être contredite ?
D’autre part, comment comprendre cette désobéissance de la terre, les arbres auraient-ils une conscience ainsi que le libre arbitre pour pouvoir désobéir et agir selon leur propre volonté ?

Le Maharal de Prague explique que D.ieu a regardé dans la Torah
»אסתכל באורייתא וברא עלמא » et il a créé le monde en 10 paroles.
Cette parole divine est intangible, elle est invariable et éternelle et correspond à une réalité authentique.
Mais cette parole, lors de la hishtalchélout olamot, c’est-à-dire, le déploiement des mondes par D.ieu, va perdre de sa résonance lorsqu’elle va arriver dans notre monde ici-bas pour donner au olam hazé, le monde de la matière, une illusion d’indépendance, d’autodétermination et un semblant de réalité.
Dès lors, apparaît la notion de « libre arbitre » et donc du possible choix entre le bien et le mal.

Le libre arbitre n’est rendu possible que par une dégradation de la parole divine dans son cheminement vers notre monde matériel, car dans les mondes supérieurs, elle ne subit aucune altération.
En d’autres termes, même si la parole divine est invariable, lorsqu’elle parvient ici-bas, elle perd de sa résonance et crée la possibilité de la faute, du choix entre le bien et le mal et donne ainsi l’impression d’une désobéissance.

Le parfum de la vérité divine ne peut être ressenti que dans le olam haba, le monde à venir, ici-bas cette vérité nous fait défaut.
Nous nous trouvons dans le monde de « Assia », le monde de l’action, le monde du processus qui mène à la finalité et qui nous permettra, grâce à un travail sur soi, d’entrevoir le goût de la vérité. C’est cela notre travail dans le olam hazé.

Mais que signifie : עֵץ פְּרִי עֹשֶׂה פְּרִי, que le goût du fruit et de son arbre sont équivalents ?
Cela signifie que l’on peut vivre la dimension du Gan Eden et que l’on peut appréhender le sens véritable de chaque chose au sein même de notre existence éphémère.

Ainsi la désobéissance de la terre n’est que la conséquence directe de la dégradation de la parole divine dans un monde matériel, inaudible et imperceptible. La malédiction qu’elle a reçue en contrepartie n’est en fait que la possibilité pour l’homme de fauter, choix qui n’existe nulle part ailleurs dans les autres mondes que D.ieu a créés.
La malédiction, c’est donc cette possibilité pour l’homme qui se nomme « le libre arbitre » !

La guémara Soucca (35a) qualifie l’étrog de « עץ שטעם עצו ופריו שוה », un fruit dont le goût est semblable à celui de son arbre.
L’étrog nous vient tout droit du olam haba, il possède à la fois un goût et une odeur.
Le loulav quant à lui, n’a pas d’odeur mais a un goût affirment les Sages.
Mais de quel goût s’agit-il ? Le loulav n’a pas de goût ! Ce sont ses fruits, les dattes,  qui ont un goût, alors pourquoi fait-il partie des 4 espèces ?
Les paroles du Gaon de Vilna citées plus haut prennent tout leur sens. Par l’acte du ‘hibour, d’unification du étrog avec le loulav, va s’opérer une liaison, une communication entre les 2 espèces, une transmission qui fait que l’étrog va pouvoir révéler au loulav sa dimension du olam haba, le dévoilement de ce goût qui a disparu au fil de la Création.

Notre avoda dans ce monde matériel consiste à réunir l’étrog et le loulav, le olam haba et le olam hazé afin de rétablir et de réparer la parole divine entachée, de redonner au fruit le goût de son arbre, de voir et de comprendre l’intériorité de chaque chose, de goûter au sens des mitsvot.

C’est à Souccot que nous pouvons y parvenir.

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