כ׳ באב ה׳תשפ״ב

Pourquoi Aaron était-il digne de louanges ?

Pourquoi Aaron était-il digne de louanges ?
Réflexion sur la paracha Behaalotekha – Dan Devash

1. L’offrande d’Aaron
Au début de la Paracha, Moshé ordonne à Aaron
d’éclairer les lampes de la Ménorah. Voici comment le
verset décrit la manière dont Aaron effectuera cet éclairage :
« Ainsi fit Aaron, face aux lampes il éclaira la Ménorah comme
Hashem l’a ordonné à Moshé » (Bamidbar 8, 3)

Pourquoi le verset précise-t-il qu’Aaron a exécuté
l’allumage exactement comme Moshé le lui a ordonné ?
Rashi, se basant sur le midrash, apporte l’explication
suivante :
« C’est un éloge pour Aaron parce qu’il n’a rien changé » (id.)

Les commentateurs s’étonne de cette explication, à
l’instar du ‘Hida :
« À qui viendrait-il à l’esprit qu’Aaron ait changé quoi que ce soit »
(Na’hal Kedoumim Bea’alotekha 3)

En d’autres termes, on ne voit pas où se trouve le mérite
d’Aaron d’avoir parfaitement accompli cette mitzva.
N’est-ce pas une obligation pour chaque juif
d’accomplir fidèlement toutes les mitzvot et a fortiori
pour le Cohen Gadol au cœur du Beth Hamikdash ? Pour
répondre à cet étonnement, de nombreux commentateurs, s’attachent aux gestes accomplis par Aaron, mais
le Sifté Hakhamim nous pousse à réfléchir dans une
autre direction :
« Le fait que le verset témoigne de l’intégrité d’Aaron est une
grande chose » (Sifté Hakhamim sur Bamidbar 8, 3)

Pour comprendre ce que ce verset révèle de grand, nous
allons nous réfléchir à un épisode du Talmud qui met en
scène deux grands Sages de la Mishna.

2. Rabbi ‘Hanina Ben Téradion prend des risques
Cet épisode se passe à l’époque où la Judée était sous
l’occupation des romains et qu’ils avaient décrété
l’interdiction absolue d’étudier la Torah. Rabbi Yossé
ben Kisma sermonne Rabbi ‘Hanina ben Téradion venu
se rendre à son chevet :
« ‘Hanina mon frère, lui explique Rabbi Yossé, ne sais-tu pas que
cette nation ne règne que par la volonté du Ciel, qu’elle a détruit Sa
Maison, mis le feu à Son sanctuaire, décimé les plus zélés de Ses
serviteurs … et que, malgré tout, elle se maintient ? Or, j’ai appris à
ton sujet que malgré les sévères décrets de l’occupant tu persistes à
enseigner publiquement à des groupes que tu rassembles avec un
Sefer Torah serré sur la poitrine ! » (‘Avodah Zarah 18a)

En d’autres termes, Rabbi Yossé reproche à Rabbi ‘Hanina de risquer sa vie en violant publiquement les décrets
des romains alors qu’ils sont en réalité l’expression de la
volonté d’Hashem, comme l’enseigne le midrash :
« Quand un homme accède à la royauté, son cœur est entre les
mains d’Hashem … tous les décrets qu’il prononce sont d’abord
proclamés par Hashem » (Midrash Mishlé 21,1)

E, réaction à ce sermon, Rabbi ’Hanina répond :
« L’indulgence viendra du Ciel ! » (Id.)

Mais cette réponse déplaît à Rabbi Yossé :
« Rabbi Yossé le fustige : ‘Je profère des paroles censées et toi tu
me réponds que l’indulgence viendra du Ciel ! Je ne serai pas étonné
que les romains te jettent au feu avec ton Sefer Torah » (id.)

Pour Rabbi Yossé, Rabbi ‘Hanina ne devait pas compter
sur un miracle car comme l’expliquent le Talmud :
« L’homme ne doit jamais se mettre face à un danger en espérant
qu’un miracle se produise pour lu, de peur qu’il ne se produise pas.
Et même si le miracle arrive, ses mérites seront réduits » (Shabbat
32b)

Les paroles de Rabbi Yossé éveillent alors l’inquiétude
de Rabbi ‘Hanina :
« ‘Rabbi, qu’en sera-t-il de ma part dans le Monde Futur ?’ (Id.)

Rabbi Yossé lui demande alors :
« ‘Peut-être as-tu eu, un jour, l’occasion d’accomplir un acte de
valeur ?’ » (Id.)

Car, comme dit Maharal :
« C’est à partir d’un acte que l’on peut découvrir qu’un homme
mérite le monde futur » (Tiferet Israël 5)

Rabbi ‘Hanina répond :
« L’argent que j’avais réservé pour le Mishté, le festin de Pourim,
s’est substitué à l’argent réservé à la Tsédaka et, malgré cela, j’ai
tout partagé entre les pauvres » (Id.)

Rashi explique :
« La bourse d’argent que j’avais réservée au festin de Pourim et
celle que j’avais réservée aux pauvres se sont interverties. Pensant
que c’était la bourse de la Tsédaka, j’en ai distribué tout l’argent.
Malgré tout, je ne me suis pas remboursé avec celui de la bourse de
la Tsédaka » (Rashi sur id.)

Bien qu’il eût le droit de se rembourser, Rabbi Hanina
choisit de distribuer tout l’argent aux pauvres et se priva
ainsi de Mishté. En entendant cela, Rabbi Yossé changea
totalement d’opinion vis-à-vis de Rabbi ‘Hanina :
« ‘S’il en est ainsi, que ma part du monde futur soit une part de la
tienne, et que mon sort soit attaché au tien’ » (Id.)

3. Quel est l’acte le plus grand ?
Si on fait le parallèle entre les deux actes de Rabbi ‘Hanina, il y a lieu de s’étonner :
« Son acte de Pourim peut-il être plus grand que celui de rassembler
des groupes pour leur enseigner la Torah ?! » (Maharal Hidoushé
Haggadah Avoda Zara 18a)

Il ne fait pas de doute qu’enseigner la Torah au risque
de sa vie est un acte plus grand que de se priver d’un
festin pour faire la Tsédaka, dès lors, comment comprendre que Rabbi Yossé a été tellement impressionné
par l’acte de Tsédaka de Rabbi ‘Hanina qu’il voulut
s’attacher à sa destinée ? En d’autres termes, comment
comprendre le Maharsha qui affirme, au sujet de l’acte
de Rabbi Hanina :
« Il n’y a pas d’acte plus grand » (id.)

4. Pourim, une histoire moins banale qu’il n’y paraît
Pour prendre la mesure de cet acte, il faut revenir sur le
récit de la Méguila d’Esther et sur ce qu’en disent nos
Sages :
« Rabbi Yo’hanan a dit : ‘Dans le futur, les livres des prophètes
(Néviim) et des hagiographes (Ketouvim) seront supprimés tandis
que les cinq livres de la Torah subsisteront. Rabbi Shim’on ben
Lakish a dit : ‘La Méguila d’Esther et les Halakhot aussi ne seront
pas supprimées…’ (Yer. Még. 1, 5)

En d’autres termes, tous les livres des prophètes seront
négligés dans le futur hormis la Méguila, sans doute
parce que son récit préfigure la Fin des Temps car,
comme le décrit Ram’hal :
« … à la fin des temps, tous les maux seront guéris et tout le mal
sera inversé pour apparaître comme n’étant, en vérité, que du
bien » (Ram’hal, Kala’h Pit’hei ‘Hokhma, 4)

En effet, la Méguila raconte comment le peuple juif
menacé d’extermination sera finalement sauvé et c’est
lors de ce sauvetage que l’on comprend, rétroactivement, que tous les événements survenus au cours du
récit, même les plus négatifs, comme le décret
d’extermination des juifs, avaient été projetés par la
Providence pour le bien du peuple. C’est également ce
que les Sages ont enseigné :
« Tout ce que fait Hashem, c’est pour le bien »

Mais très peu d’hommes, en ce monde, parviennent à
cette connaissance qui procure à l’homme la plus
grande des joies car elle lui ôte tous les doutes. C’est
cette joie qu’ont connu les juifs à pourim et que nous
connaîtrons tous à la fin des temps puisqu’alors, selon le
prophète :
« La terre sera pleine de la connaissance d’Hashem » (Yesh’ayahou
11, 9)

5. Un acte moins banal qu’il n’y paraît
Le jour de Pourim est donc un avant-goût de la joie que
l’on connaîtra à la Fin des Temps. Rabbi ’Hanina savait
parfaitement que le sommet de la joie en ce jour était le
Festin comme l’indique le verset :
« Un jour de festin et de joie »

Il savait qu’au cours du Mishté il ressentirait la proximité
d’Hashem et la joie suprême que cela lui procurerai.
Malgré tout, il y renonça pour faire la Tsédaka, se privant ainsi de cette joie. Rabbi Yossé, qui lui aussi connaissait cette joie, saisit alors la grandeur de Rabbi ‘Hanina et comprit que, comme l’écrit Maharal :
« … même la part de bien que Rabbi ‘Hanina mérite de recevoir en
ce Monde, lui est conservée pour le Monde Futur » (Maharal Tiferet
Israël 5)

C’est alors que toutes les réserves de Rabbi Yossé sur
Rabbi ‘Hanina s’effacèrent. Il comprit que l’obstination
de Rabbi Hanina à vouloir enseigner en public malgré le
danger, était le fruit d’une intention pure. C’est pourquoi Rabbi Yossé exprime son désir de recevoir ne serait-ce qu’une part du monde futur réservé à Rabbi ‘Hanina qui finira, comme le décrit le Talmud, selon la prédiction de Rabbi Yossé :
« Les romains l’amenèrent, ils l’enroulèrent dans son Sefer Torah, le
cernèrent d’un faisceau de branches auxquelles ils mirent le feu »
(‘Avodah Zarah 18a)

Revenons à présent sur Aaron et l’allumage de la Ménorah.

6. Que se passe-t-il dans l’esprit d’Aaron ?
Hashem présenta ainsi la mitzva d’allumer la Ménorah
qu’Aaron effectuera après l’offrande des Chefs des tributs :
« Aaron ne fut pas invité à apporter d’offrande comme les autres
Chefs de tribu. Il pensa : ‘Malheur à moi, peut-être est-ce par ma
faute qu’Hashem refuse de recevoir la tribu de Lévy. Hashem demande alors à Moshé de dire à Aaron : ‘Prépare-toi à quelque chose
d’encore plus grand que leurs offrandes’ » (Tan’houma Bea’alotekha 6)

Ramban aussi insiste sur l’importance de l’éclairage la
Ménorah :
« Cette grande Mitzva fait allusion à une chose suprême et à un
secret extraordinaire » (Ramban Bamidbar 8, 3)

On peut comprendre la difficulté pour Aaron
d’accomplir une mitzva aussi importante sans en tirer de
satisfaction personnelle. C’est pourquoi le midrash précise :
« Il appliqua à la lettre les instructions de Moshé » (Sifri Bea’alotekha
2)

Le midrash ne vient pas nous apprendre qu’Aaron n’a
changé aucun détail de cette Mitzva puisque cela est
évident. C’est pourquoi Rashi explique :
« C’est un éloge pour Aaron parce qu’il n’a rien changé » (id.)

Rashi veut sans doute nous apprendre que malgré sa
position de Cohen Gadol et la grandeur de cette mitzva,
Aaron n’a rien changé dans l’acte de la mitzva, bien sûr,
mais aussi et surtout, dans son intention. Il a fait écran à
tout ce qui aurait pu mettre en lumière sa personne et
accroître ainsi sa fierté afin que son acte fût entièrement consacré à Hashem. Et puisque que seul Hashem
peut scruter la pensée d’un homme, Il a Lui-même témoigné de la pureté d’Aaron en précisant dans le verset :
« Ainsi fit Aaron » (Op cit.)

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