י״ד באב ה׳תשפ״ב

Ki Tetsé : les guerres intérieures de l’homme

Ki Tetsé : les guerres intérieures de l’homme
Paracha Ki Tetsé – Par Dan Devash

  1. La belle captive

La section de Ki Tétsé commence par énoncer la mitzva de la Eshet Yefat Toar, la Femme de belle apparence :

« Si tu pars en guerre contre ton ennemi, Hashem le mettra entre tes mains et tu feras des captifs. Tu verras parmi les captifs une femme de belle apparence, tu vas t’éprendre d’elle et tu la prendras pour femme » (Devarim 21, 10)

כִּי תֵצֵא לַמִּלְחָמָה עַל אֹיְבֶיךָ וּנְתָנוֹ ה’ אֱלֹהֶיךָ בְּיָדֶךָ וְשָׁבִיתָ שִׁבְיוֹ וְרָאִיתָ בַּשִּׁבְיָה אֵשֶׁת יְפַת תֹּאַר וְחָשַׁקְתָּ בָהּ וְלָקַחְתָּ לְךָ לְאִשָּׁה

Cette mitzva étonne les commentateurs et parmi eux, l’auteur du Ohr Ha’Haïm qui a des mots très durs à son sujet :

« Au moment où se produit le miracle de la victoire et alors même qu’il faudrait accroître la pureté et la proximité avec Hashem, Hashem permet qu’on accomplisse un acte amoral, détesté de Lui ! » (Ohr Ha’Haim sur Id.)

בעת מעשה הנס במקום שצריך להוסיף טהרה ודביקות בה’ יתיר לעשות מעשה כיעור השנאוי אצלו יתברך

En effet, comment la Torah a-t-elle pu s’écarter autant de ses règles de pudeur et de sainteté en permettant à un soldat en guerre de prendre une femme idolâtre pour épouse simplement parce qu’il s’est épris d’elle ? L’étonnement est d’autant plus grand que les soldats dont parle la Torah sont des hommes d’un niveau moral très élevé comme le prouve la Mishna qui, dans l’énumération de ceux qui ne pouvaient pas participer à la guerre, indique :

« ‘Ceux qui avaient peur et dont le cœur défaille’ : c’est à dire ceux qui avaient peur à cause de leurs fautes » (Mishna Sotta 8, 5) 

רבי יוסי הגלילי אומר: ‘הירא ורך הלבב’, זהו המתירא מן העבירות שבידו

Ainsi, seuls ceux qui n’avaient pas fauté pouvaient participer à la guerre et dans ce cas, comment ces soldats pouvaient-ils s’éprendre de femmes idolâtres qui leur sont rigoureusement interdites, alors qu’ils n’auraient même pas dû lever les yeux sur elles ?

Les commentateurs ont apporté des réponses à ces interrogations dans le sens simple du texte, mais nous allons tenter ici de révéler l’allusion que cache cette mitzva.

  1. Le véritable ennemi de l’homme

La première chose à découvrir est l’ennemi duquel parle le verset or, à ce sujet, le plus grand ennemi de l’homme est déjà tout désigné par nos Sages :

 « Le Yetser Hara’ de l’homme prend chaque jour le dessus sur lui et cherche à le tuer » (Soucca 52b)

אמר רבי שמעון בן לקיש יצרו של אדם מתגבר עליו בכל יום ומבקש להמיתו

Les Sages ne font pas uniquement allusion au fait que le Yetser Hara’ incite l’homme à abuser des plaisirs de ce monde et l’entraîne ainsi vers sa mort physique, ils font surtout allusion aux ruses que le Yetser Hara’ emploie pour entraîner l’homme dans les pièges du monde matériel et donc vers sa mort spirituelle. C’est de ce point de vue, que le Yetser Hara’ doit être considéré comme le pire ennemi de l’homme.

Cependant, au contraire, l’individu le considère souvent comme son meilleur ami car son Yetser Hara’ ne se préoccupe, a priori, que de son ‘bien’, c’est-à-dire de sa jouissance. Mais, en réalité, sa volonté n’est jamais satisfaite, c’est pourquoi il incite individu à rechercher des plaisirs toujours plus grands et, avec le temps, l’homme épuise ses forces et perd tout espoir d’atteindre le bonheur en constatant, au contraire, que son Yetser Hara’ l’aura entraîné dans une vie vide de sens.

  1. Une guerre permanente

Que doit faire l’individu pour échapper au piège tendu par cet ennemi ? Nos Sages, donnent le conseil suivant :

« L’homme doit en permanence agacer son Yetser Hara’ » (Berakhot 5a)

לעולם ירגיז אדם יצר טוב על יצר הרע

Ce que Rashi traduit ainsi :

« Qu’il fasse la guerre au Yetser Hara’ » (Rashi sur Id.)

 שיעשה מלחמה עם יצר הרע

Or, le Yetser Hara’ est extrêmement rusé, c’est pourquoi Hashem nous prévient :

« Mes enfants ! J’ai créé pour vous le Yetser Hara qui est le plus grand mal qui soit … suivez les paroles de la Torah afin qu’il ne vous domine car si vous vous en écartez, c’est lui qui prendra le dessus » (Sifri Ékev 45)

בני בראתי לכם יצר הרע שאין רע הימנו ‘הלא אם תטיב שאת’ היו עסוקים בדברי תורה ואינו שולט בכם ואם פורשים אתם מדברי תורה הרי הוא שולט בכם

Autrement dit, l’homme doit partir en guerre contre son Yetser Hara’ mais la seule arme pour le combattre est la Torah.

Il y a en réalité, deux façons de combattre le Yetser Hara’, la première est une guerre obligatoire (Mil’hemet ‘Hova) au cours de laquelle l’homme s »’affaire dans la Torah et les mitzvot afin de se détacher de l’influence de son Yetser Hara’. Les Sages promettent que plus un homme se consacre à la Torah et aux mitzvot plus il accroît sa récompense :

« Hashem a voulu récompenser les enfants d’Israël, c’est pourquoi il a multiplié la Torah et les Mitzvot » (Mishna Makot 3, 16)

רצה הקדוש ברוך הוא לזכות את ישראל לפיכך הרבה להם תורה ומצות

Mais, l’homme doit garder en tête que le but de ses efforts ne doit pas être d’obtenir la plus grande récompense possible mais de dominer son Yetser Hara’ afin d’atteindre le véritable objectif :

« Tu retourneras jusqu’à l’Éternel ton D. » (Devarim 30, 2)

וְשַׁבְתָּ עַד ה’ אֱלֹהֶיךָ

  1. Le piège de la paix

Pour atteindre un objectif aussi élevé, le fidèle devra poursuivre sa lutte contre son Yetser Hara car celui-ci, pour reprendre le dessus, va lui tendre un nouveau piège en lui faisant croire que la guerre est terminée et que grâce à sa Torah il en est sorti vainqueur. Ce piège expose le fidèle à deux dangers : le premier est que le fidèle va cesser de s’élever, et le second est que cela va accroître son orgueil et lui faire perdre les qualités acquises lors de sa première lutte.

Pour échapper à ce nouveau piège, il faut passer à la deuxième façon de lutter contre le Yetser Hara’, celle qui est décrite dans les versets de notre parasha.

« Si tu pars en guerre contre ton ennemi alors Hashem le mettra entre tes mains »

כִּי תֵצֵא לַמִּלְחָמָה עַל אֹיְבֶיךָ

Le Zohar confirme :

« …ton ennemi : c’est le Yetser Hara’ » (Zohar Hadash Ki Tétsé)

כִּי תֵצֵא לַמִּלְחָמָה עַל אֹיְבֶיךְ – זֶהוּ יֵצֶר הָרָע

Mais cette guerre n’est pas celle que nous avons décrit plus haut car, comme le dit le Midrash :

« Le texte parle d’une guerre facultative (Mil’hemet Réshout) » (Sifri Devarim 211)

כי תצא למלחמה. במלחמת הרשות הכתוב מדבר

Pour savoir ce qu’est cette guerre, il faut se souvenir que celle-ci a pour but est de contourner le nouveau piège du Yetser Hara’ qui fait croire à l’homme qu’il est devenu un Tsadik et lui fait oublier les paroles des Sages :

« Ne fais pas des paroles de la Torah une couronne pour te faire valoir » (Avot 4, 5)

לא תעשה עטרה להתגדל בהם

Ainsi, en pratiquant les mitzvot dans l’intention d’en tirer profit, le fidèle a toutes les chances de perdre même la guerre obligatoire et son Yetser Hatov tombera à nouveau dans les mains son Yetser Hara’ comme l’affirme Rabbi Shim’on :

« Le Yetser Hatov est son captif, il l’a placé sous son emprise » (Zohar Hadash Ki Tétsé)

יֵצֶר הַטּוֹב נִשְׁבָּה בְיָדוֹ, וְהוּא מֶלֶךְ עָלָיו

  1. La guerre facultative

Pour vaincre définitivement son Yetser Hara’, il faut que l’homme change son intention, c’est-à-dire qu’au lieu de s’affairer dans la Torah pour en tirer profit, il le fasse dans le but de donner satisfaction à Hashem. Et puisque la Torah n’oblige pas l’homme à faire les mitzvot avec cette intention, cette nouvelle guerre pour vaincre le Yetser Hara’ est une ‘Guerre facultative (Mil’hemet Réshout)’, comme le dit le Midrash.

Mais cette guerre est bien plus difficile que la première, c’est pourquoi la torah promet à l’homme :

« Si tu pars en guerre contre ton ennemi, Hashem le mettra entre tes mains … »

ִּכי תֵצֵא לַמִּלְחָמָה עַל אֹיְבֶיךָ וּנְתָנוֹ ה’ אֱלֹהֶיךָ בְּיָדֶךָ

Autrement dit, il suffit que l’homme entreprenne cette guerre avec la volonté sincère de vaincre son Yetser Hara’ pour recevoir l’aide d’Hashem car, comme l’enseigne les Sages :

« Si ce n’était l’aide du Saint ב »ה, L’homme ne pourrait pas avoir le dessus sur son Yetser Hara’ » (Soucca 52b)

אלמלא הקדוש ברוך הוא עוזרו אין יכול לו

  1. Les captifs du Yetser Hara’

Au cours de cette bataille, le verset prévient :

… et tu captureras Ses captifs’

וְשָׁבִיתָ שִׁבְיוֹ

A priori, il aurait été plus logique de dire : ‘… et tu en feras des captifs parmi tes ennemis’, alors que le verset dit textuellement :

« Tu captureras les captifs de ton ennemi » (Da’at Zékenim mibaalé Tossefot)

ושבית שביו של אויביך

Il nous faut comprendre, en allusion que, grâce à cette guerre, ‘Tu captureras les captifs de ton Yetser Hara’. Or, parmi ceux-ci se trouve son Yetser Hatov comme nous l’apprend le Zohar cité plus haut, ce qui signifie que cette nouvelle guerre va permettre à l’homme de libérer son Yetser Hatov et grâce à lui de pratiquer la Torah avec une intention pure. De plus, le verset nous dévoile un autre captif du Yetser Hara’ :

« Tu verras parmi les captifs une femme de belle apparence »

וְרָאִיתָ בַּשִּׁבְיָה אֵשֶׁת יְפַת תֹּאַר

À qui le verset fait-il allusion ? Ne sommes-nous pas dans une lutte intérieure ? Le Zohar révèle l’identité de la Isha Yefat Toar :

« La femme de belle apparence, c’est l’âme de l’homme, sa Néshama » (Zohar Hadash Ki Tétsé)

אֵשֶׁת יְפַת תֹּאַר – זוֹהִי הַנְּשָׁמָה

Le Malbim décrit ainsi la Néshama :

« Cette âme, Hashem l’a insufflée de Sa propre bouche en l’Homme. Elle est donc de la plus grande élévation. C’est une part divine éternelle qui se trouve à l’intérieur de l’homme » (Malbim sur Bereshit 2, 7)

נשמת ה’ שנשם בהאדם מפיו. ואז הוא מדרגה היותר גדולה. שהוא החלק האלהי אשר באדם הנצחי

L’homme donc, à travers la Néshama, va découvrir des qualités très élevées et une volonté qui étaient cachées en lui, prisonnières de son Yetser Hara’. Ce sont les qualités d’Hashem et Sa volonté infinie de faire le bien. C’est pourquoi le texte prédit :

« … tu vas t’éprendre d’elle et tu la prendras pour femme … »

וְחָשַׁקְתָּ בָהּ וְלָקַחְתָּ לְךָ לְאִשָּׁה

En d’autres termes, l’homme va s’attacher à ces qualités et il va les épouser, c’est-à-dire les faire grandir en suivant les voies de son Créateur. Et c’est grâce à cela qu’il recevra tous les bienfaits décrits par nos Sages :

« Celui qui pratique une Torah désintéressée (Lishma) bénéficie de nombreuses choses, et de plus, son existence justifiera celle du Monde entier … Du ciel, on lui révèle les secrets de la Torah, il sera comme une source dont les eaux ne cessent de grossir et comme un fleuve qui ne s’assèche jamais » (Avot 6,1)

רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה לִשְׁמָהּ, זוֹכֶה לִדְבָרִים הַרְבֵּה וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁכָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ כְדַי הוּא לוֹ וּמְגַלִּין לוֹ רָזֵי תוֹרָה וְנַעֲשֶׂה כְמַעְיָן הַמִּתְגַּבֵּר וּכְנָהָר שֶׁאֵינוֹ פוֹסֵק

Voilà donc la véritable récompense que l’homme doit attendre en échange de ses efforts dans sa lutte contre le Yetser Hara’.

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