י״ט באב ה׳תשפ״ב

Korah : la logique du Ciel

Korah : la logique du Ciel
Par Dan Devash

 

  • La personnalité de Kora’h

Kora’h faisait partie des personnages les plus importants au sein de Enfants d’Israël, comme le confirme le Midrash :

« Kora’h était un homme d’une grande sagesse, l’un des porteurs de l’arche d’alliance… » (Tan’houma Kora’h’ 2)

אָמְרוּ חֲכָמִים חָכָם גָּדוֹל הָיָה קֹרַח וּמִטּוֹעֲנֵי הָאָרוֹן

En précisant qu’il portait l’Arche, les Sages veulent nous faire comprendre qu’il possédait un très haut degré de sainteté. C’était aussi un personnage très riche et respecté et le Midrash témoigne sur lui que :

« Kora’h était intelligent » (Id. 5)

קֹרַח שֶׁפִּקֵּחַ הָיָה

Mais sa sagesse, son intelligence et sa sainteté ne l’aidèrent pas puisqu’en s’opposant aux décisions de Moshé il perdit la vie et tout ce qu’il possédait :

« Ce qu’il voulut obtenir il ne l’a pas reçu et ce qu’il possédait lui a été repris » (Tossefta Sotta 4, 19)

את מוצא בקין וקרח… שנתנו עיניהן בשאין ראוי להם. מה שבקשו לא ניתן להם, ומה שבידן נטלו מהן

L’événement qui déclencha l’opposition de Kora’h contre Moshé, fut lorsque ce dernier plaça à la tête de la famille de Kéhat, Elitsaphan ben ’Ouziel, alors qu’en toute logique ce poste lui revenait :

« C’est moi qui aurais dû être nommé chef de ma famille, mais Moshé a fait en sorte que le fils de ‘Ouziel, qui est le petit frère de mon père, soit placé au-dessus de moi ! » (Tan’houma Kora’h 1)

הייתי ראוי להיות נשיא על משפחתי, והוא עשה בנו שלעוזיאל קטן שלאחי אבא יהא גדול עלי

Kora’h fut si affecté de cette nomination qu’il perdit confiance en Moshé et décida de s’en prendre à lui :

« Je m’opposerai à lui et annulerai tout ce qu’il a mis en place » (Id.)

הֲרֵינִי חוֹלֵק וּמְבַטֵּל כָּל מַה שֶּׁנַּעֲשָׂה עַל יָדו

Kora’h avait trouvé des raisons des ‘raisons’ de s’en prendre à Moshé, mais comment expliquer qu’il a réussi à entraîner dans sa dispute deux cent cinquante hommes de grande renommée qui voulaient sincèrement se rapprocher d’Hashem ? Pour le découvrir il faut réfléchir à la manière dont Kora’h s’est opposé à Moshé.

  • Une question de logique

Le Midrash raconte que Kora’h va se confronter à Moshé au sujet de l’application de deux mitzvot, celle des Tsitsit et celle de la Mézouza et dans les deux cas, la logique est avec Kora’h. Concernant les Tsitsit, la Torah exige qu’un de ses fils soit de couleur Tékhélet, le but étant que :

« Lorsque vous regarderez ce fil, vous vous souviendrez de toutes les mitzvot et vous les accomplirez » (Bamidbar 15, 39)

וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת כָּל מִצְוֹת ה’ וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם

Les Sages expliquent pourquoi le fil doit être de cette couleur :

« …Le Tékhélet … doit rappeler l’azur du ciel qui rappelle le Trône divin » (Menahot 43b)

תניא, היה רבי מאיר אומר: מה נשתנה תכלת מכל מיני צבעונין? מפני שהתכלת דומה לים וים דומה לרקיע ורקיע דומה לספיר וספיר דומה לכסא הכבוד

En d’autres termes, c’est la couleur bleue qui rappelle à l’homme l’obligation d’accomplir les mitzvot, c’est pourquoi Kora’h pense logiquement que si un vêtement est entièrement tissé en Tékhélet il sera dispensé des Tsitsit. Malgré tout, Moshé affirme que même sur un tel vêtement, il faut ajouter des Tsitsit avec un fil Tékhélet !

L’autre sujet est celui de la Mézouza, le petit parchemin, que l’on fixe sur le montant des portes dont le but est, selon Maharal :

« … de fixer en nous les paroles de la Torah d’Hashem… » (Tiferet Israël 22)

לקבוע בנו תורת השם יתברך

Kora’h pense que puisque ce petit parchemin, qui ne contient que deux courts passages de la Torah, suffit pour rappeler les paroles de la Torah, il est évident qu’une maison remplie de rouleaux de Torah sera dispensée de Mézouza ! Malgré tout, pour Moshé, cette maison ne fait pas exception, il faut fixer une Mézouza à la porte !

  • La contestation de Kora’h

À vrai dire, selon le Maharal, Kora’h ne s’attendait pas à ce que Moshé s’oppose à lui lorsqu’il le questionna au sujet du vêtement bleu :

 Kora’h était sûr que Moshé lui répondrait qu’il est dispensé de Tsitsit (Tiferet Israël 22)

כי בודאי ישיב משה שהיא פטורה

Il pensait de même au sujet de la Mezouza :

Moshé répondra qu’une maison pleine de Sifré Torah est dispensée de Mezouza (id.)

ישיב לו משה כי בית מלא ספרים פטור מן המזוזה

S’il en est ainsi, quel but recherchait Kora’h en posant ces questions à Moshé ? Selon le Maharal, Kora’h voulait, avec sa question sur les Tsitsit, contester la position de Aaron et, avec celle sur la Mezouza, le rôle de Moshé. En effet, le fil Tékhélet des Tsitsit fait allusion à la nomination d’Aaron en tant que Cohen Gadol :

« Aaron est comparable au fil de Tékhélet, car c’est ce fil qui, en le regardant, entraîne à l’accomplissement des mitzvot … de même que c’est par l’intermédiaire d’Aaron que s’accomplit le service d’Hashem » (id.)

היה מדמה אהרן אל חוט של תכלת כי חוט של תכלת מביא לידי מעשה וכן אהרן על ידו היו עובדים במעשה

En d’autres termes, Aaron entraîne les autres juifs à se rapprocher d’Hashem et à accomplir les mitzvot mais si le Talith est entièrement bleu, c’est-à-dire, en allusion :

 « Tous sont aptes à la prêtrise, à quoi leur sert encore un prêtre particulier ? » (id.)

אחר שכולם ראוים לכהנים, למה להם כהן אחד נבדל

Autrement dit, si tout Israël pratiquent la Torah, ils n’ont pas besoin du Cohen Gadol !

Dans sa deuxième question au sujet de la Mezouza, Kora’h conteste le rôle de Moshé en tant que Maître du peuple. Si la Mezouza a pour rôle de fixer en chacun les paroles de la Torah, à quoi sert-elle dans une maison qui est pleine de rouleaux de Torah ? C’est-à-dire, en allusion :

« Nous sommes tous saints car nous avons entendus au Sinaï ‘Je suis l’Éternel Ton D.’. Nous n’avons pas besoin que la Torah soit fixée par Moshé qui ne représente que lui-même » (Id.)

כלנו קדושים, שמענו בסיני ‘אנכי’ ו’לא יהיה לך’, ואין אנו צריכים שתקבע בנו התורה על ידי משה, שהוא יחיד

  • Kora’h se moque de Moshé

Les réponses de Moshé aux questions de Kora’h’ sont des enseignements qu’il a reçus au Sinaï mais pour Kora’h et ceux qui l’écoute ses réponses sont illogiques, c’est pourquoi Kora’h choisit alors de contester les décisions de Moshé de nommer Elitsaphan, mais aussi le choix de son frère Aaron au poste de Cohen Gadol, alors que celui-ci participa activement à la faute du Veau d’Or. Cette opposition de Kora’h entraîna sa mort, celle de ses proches ainsi que celle des hommes de sa faction. Il nous reste à découvrir, à présent, comment Kora’h réussit à entraîner après lui presque tout le peuple.

  • La logique de l’homme contre celle de la Torah

On comprend, à travers sa dispute avec Moshé, quels sont les arguments de Kora’h. Pour lui, les hommes doivent se servir de leur intelligence pour découvrir les lois qui découlent de la Torah, comme c’est aussi l’intelligence de l’homme qui lui permet de découvrir les lois de la Nature. Or, Moshé fait croire à tous que c’est du Ciel que découle toutes les lois de la Torah et dans ce cas, à quoi servent l’intelligence et la logique de l’homme ?! Les arguments de Kora’h convainquirent le peuple :

« Car au début le cœur du peuple marchait avec Moshé et Aaron … c’est alors que Kora’h réunit tout le peuple et expliqua que c’est pour le bien de tous qu’il en voulait à Moshé, et cela plût à leurs yeux » (Ramban sur Bam. 16, 21)

כי מתחלה היה לב העם אחרי משה ואהרן… אז קרא קרח לכל העדה ואמר להם כי בכבוד כולם הוא מקנא, וייטב הדבר בעיניהם

Il reste à comprendre pourquoi la conception de Kora’h’ est fausse, et pourquoi ce sont les paroles de Moshé et des Sages après lui qui sont vraies même si à nos yeux elles semblent contraires à la logique.

  • Les limites des sens et de l’esprit

Un homme intelligent comme l’était Kora’h, place naturellement les qualités de son esprit au-dessus de tout. Mais en réalité, l’esprit de l’homme ainsi que ses sens et ses membres ne sont que des moyens pour l’aider à se rapprocher d’Hashem. Ces moyens, cependant, sont limités et même si l’esprit d’un homme est infiniment complexe, il ne saisit en réalité qu’une partie infime de ce qui l’entoure. Mais le plus grave est que l’esprit est soumis à l’intérêt personnel de l’homme et que cela peut tromper même un individu très intelligent, comme ce fut le cas pour Kora’h.

  • Quand l’intérêt personnel trompe le sage

Ce handicap se retrouve aussi chez les plus grands savants, comme chez Albert Einstein qui modifia son équation parce qu’elle contredisait ce que lui-même pensait. Il reconnut, plus tard, avoir fait la plus grande erreur de sa vie. A l’inverse, Max Planck, un autre grand savant, avait découvert une formule très importante de la physique, mais comme elle bousculait sa logique, il a pensé à tort pendant des années qu’elle était fausse. Ces épisodes démontrent que, même dans les sciences exactes, l’homme ne peut se fier totalement ni à son intelligence ni à sa logique.

           Une logique supérieure

Cela est encore plus vrai pour la Torah puisque la logique qui entoure les mitzvot et les décisions de nos Sages est une logique divine qui dépasse complétement la logique humaine. La Torah n’interdit pas de comprendre cette logique, c’est même l’un des buts de l’étude. Cependant, seul celui qui a foi dans les paroles des Sages et montre ainsi qu’il est prêt à rejeter sa propre compréhension et sa propre logique, peut accroître sa sagesse. En effet, cela permet à son esprit d’acquérir une logique supérieure qui est hors de portée de celui qui comme Kora’h rejette ou combat la Torah parce qu’il ne la trouve pas logique !

De plus, lorsqu’il se soumet aux paroles de la Torah et de ses Sages, le juif forge en lui une qualité essentielle, l’humilité, celle-là même qui permit à Moshé d’être choisi pour recevoir la Torah.

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